Nouvel An : quand les politiques rêvent…

par Yoann Taieb |  publié le 23/12/2023

L’année sera cruciale pour bon nombre de nos leaders. À commencer par Emmanuel Macron. Existe-t-il un Père Noël pour les hommes politiques ? Que demanderaient-ils?

Emmanuel Macron marche devant le sapin de Noël dans la cour d'honneur. Palais de l'Elysée, mercredi 12 décembre 2023 - Photographie Amaury Cornu / Hans Lucas

Le Président de la République ne peut qu’espérer une embellie après avoir vécu douze mois d’une météo plus qu’agitée. Impopulaire, chahuté par les manifestations et les émeutes, indécis sur le conflit entre Israël et les Palestiniens, et enfin piégé sur la loi sur l’immigration, il doit rebondir de toute urgence. Raffermir son pouvoir alors que son autorité diminue n’est pas une mince affaire. Surtout, le président va devoir affirmer sa vision la France de demain celle qu’il a tentée de construire. Hélas, il ne lui reste que trois ans d’un second quinquennat non renouvelable. Le sursaut, c’est maintenant.

Élisabeth Borne a connu une année 2023 redoutable. Elle n’a pas la main sur ses troupes, se fait tirer dans les pattes par ses propres ministres, ne s’entend pas avec le Président, est étiquetée à vie comme celle qui a usé et abusé du 49.3. Cette année devrait être la dernière à Matignon.Elle peut espérer s’en sortir sans trop de blessures, définitivement loin de l’hystérie de Matignon.

Édouard Philippe lui n’a qu’un souhait : rester haut dans les sondages et toujours apparaître comme le candidat ,de droite et de la macronie, le plus crédible. Depuis trois ans et demi, il trône en tête des études d’opinion, mais, foi de juppéiste, « ça ne veut rien dire. » Alain Juppé était président de la République des sondages de 2013 à novembre 2016. En attendant, il persévère sur une ligne de crête difficile : éviter l’omniprésence où on risque de se gâcher, éviter l’absence au risque d’abandonner le terrain aux rivaux.

Marine Le Pen a vécu une année 2023 de rêve. Elle ne peut qu’espérer la même en mieux pour 2024. Elle confirme la normalisation de son parti : des députés cravaté et sérieux pour la crédibilité, une marche contre l’antisémitisme pour blanchir un passé sulfureux. Et un gouvernement brillamment piégé par une loi sur l’immigration délicatement « droitisée ». Les sondages sont au beau fixe.

Jordan Bardella, le n° 2 du Rassemblement national a coché une date. Le 9 juin 2024, jour des élections européennes, il serait en tête avec plus de 30 % des voix ? Les Macronistes seraient loin derrière, à plus de dix points. La première étape d’une marche triomphale qui a 29 ans le mènera sa protectrice élue aux portes de Matignon. Le truc auquel on pense en se rasant le matin.

Eric Zemmour et Marion Maréchal ne peuvent qu’espérer voir leurs thèmes identitaires prospérer et envoyer des élus au Parlement européen. En cas d’échec que deviendra le parti Reconquête encore battu. Certains seraient-ils tentés de (re) franchir le Rubicon pour repartir chez Marine ?

Eric Ciotti pense que les tribulations de la loi sur l’immigration ont montré l’extrême influence des Républicains. Ils y voient une victoire idéologique et symbolique qui ne devrait rien aux idées du Rassemblement National. Les Républicains voudraient pouvoir transformer l’essai aux élections européennes. Ce n’est pas gagné. Année charnière donc.

La gauche sociale-démocrate peut espérer une année apaisée loin de la NUPES définitivement abandonnée. L’horizon semble s’éclaircir puisque le parti est donné à environ 10 % dans les derniers sondages pour les Européennes. Reste à retrouver une doctrine, redéfinir un programme et trouver des leaders dignes de ce nom pour porter des idées fortes. Cela faisait des années que le parti à la rose n’avait espéré un score à deux chiffres. Au travail !

Jean-Luc Mélenchon, lui, ne demande rien à 2024. Une année habituelle, faite de bruit et de fureur de dénonciations, de provocations et d’insinuations/.  2027 estloin. L’insoumis va continuer de creuser son sillon radical à l’usage exclusif des électeurs de ce qu’il pense être le peuple. Sa garde rouge, elle, continuera de glapir sur les bancs de l’assembléee et de défendre mordicus le « leader maximo ». Reste que la popularité s’effrite et que les rêves de gauche unie parce que soumise , s’évanouissent.

Les Ecologistes prient mère nature de ne pas les faire échouer aux Européennes. La nouvelle génération exècre Yannick Jadot, jugé trop mou et centriste, qui a quand même réussi 13 % en 2019. Marie Toussaint semble réunir 6-7 % des suffrages.  Comme si radicalité était synonyme de régression. Et, il n’est pas sûr que le spectacle de « booty therapy », cette danse africaine très remuante des fesses, offert en ouverture de leur premier meeting de la campagne européenne gonfle leur résultats électoraux…

Joyeux Noël et bonne année !