« Opération Matriochka »: une nouvelle méthode pour désinformer l’Occident

par LeJournal |  publié le 30/01/2024

 Tour Eiffel sciée, vols dans les catacombes, graffitis…. Après « Doppelgänger », voici « Matriochka » ( poupées russes ) une nouvelle stratégie sophistiquée anti-ukrainienne de la Russie visant à déstabiliser l’opinion publique occidentale et à lasser l’attention sur  la guerre en Ukraine. Décryptage

Illustration - Photo SEBASTIEN BOZON / AFP

Cette tactique de désinformation en ligne, attribuée à la Russie, ne se contente plus de diffuser des infox anti-ukrainiennes, mais implique également une interaction directe avec les médias occidentaux pour les inciter à vérifier ces informations. Les experts qualifient cette approche de vaste « entreprise de diversion » destinée à tromper les journalistes.

L’opération « Matriochka », ainsi baptisée par le collectif « Antibot4Navalny », fonctionne comme un jeu de poupées russes. Des comptes, souvent laissés à l’abandon puis piratés, produisent délibérément de fausses informations et sollicitent ensuite les médias pour les vérifier. Ces comptes, vraisemblablement gérés par des « bots », inondent les réseaux sociaux en publiant parfois jusqu’à une information par minute.

L’enquête de l’AFP, basée sur les données fournies par « Antibot4Navalny », révèle l’existence de dizaines voire de centaines de profils adoptant cette stratégie d’interpellation massive des médias. Ces comptes, après avoir incité les médias à vérifier les infox, diffusent eux-mêmes ces fausses informations quelque temps plus tard.

Vols dans les catacombes de Paris par un Ukrainien, des détournements d’aides militaires à l’Ukraine, des graffitis de Zelensky tronqués ou inventés, ainsi que de fausses publicités sur Times Square

Les sujets de ces infox incluent des vols dans les catacombes de Paris par un Ukrainien, des détournements d’aides militaires à l’Ukraine, des graffitis de Zelensky tronqués ou inventés, ainsi que de fausses publicités sur Times Square. Toutes ces publications ciblent les Ukrainiens, cherchant à suggérer une lassitude croissante des Européens et des Américains à l’égard de Kiev.

Cette campagne de désinformation semble être une suite logique de l’opération « Doppelgänger », qui consistait à diffuser des infox anti-Ukraine en usurpant l’identité de médias occidentaux. Les experts, interpellés par l’AFP, soulignent que cette nouvelle opération vise à détourner l’attention des vérificateurs de faits en les occupant avec des sujets difficiles à vérifier. Il est également suggéré que cette tactique a pour objectif de donner de la visibilité aux infox en les utilisant comme relais, potentiellement sans le consentement des médias.

800 bots dédiés à la promotion de faux articles usurpant l’identité de médias ukrainiens.

Les visuels anti-ukrainiens utilisés dans le cadre de « Matriochka » sont également promus sur les réseaux sociaux par les mêmes bots qui faisaient partie de la campagne « Doppelgänger ». Un rapport de l’Insikt Group en décembre 2023 indiquait que la campagne « Doppelgänger » était toujours active avec au moins 800 bots dédiés à la promotion de faux articles usurpant l’identité de médias ukrainiens.

L’Allemagne aurait identifié une vaste « campagne de désinformation pro-russe » utilisant des milliers de faux comptes sur les réseaux sociaux, notamment sur X (ex-Twitter), pour diffuser des messages néfastes pour l’Ukraine. L’Ukraine reste le pays le plus souvent ciblé par ces manipulations de l’information, ce qui souligne l’importance d’une « bataille de récits » dans le contexte actuel, comme l’a souligné Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne, lors d’une conférence de presse sur la désinformation et l’ingérence étrangère. Il a ajouté que la sécurité ne se limite plus seulement à une question d’armes, mais englobe également le domaine de l’information.

Avec AFP

LeJournal