« Ouvrez-leur la porte »

par LeJournal |  publié le 16/12/2023

En deux mois de guerre, près de soixante journalistes ont été tués à Gaza. C’est un par jour.  Et la porte de Rafah reste fermée pour les employés palestiniens des médias français sur place. 

Media members carry the body of Palestinian journalists Sari Mansour killed in Israeli attack on Al-Bureij refugee camp to Aqsa Hospital, in Gaza City, Gaza on November 18, 2023 - Photo by ashraf amra / ANADOLU / Anadolu via AFP

Chaque matin, la question est la même: qui sera le prochain ? Est-ce que ce sera Hassan, Mai, Rami? S’agira-t-il d’un photographe de l’AFP, d’un fixeur de Radio France, d’un caméraman de France 24 ou d’un collaborateur du journal Le Monde? S’agira-t-il d’un récipiendaire du prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre, de la Fondation Varenne, voire une personne qui a ouvert des portes à un finaliste du prix Albert-Londres?

Les images, les reportages, les témoignages sur la guerre actuelle à Gaza proviennent de quelques journalistes palestiniens d’expérience, qui ont maintenu dans les moments les plus difficiles que l’on puisse imaginer les plus hauts standards des grandes rédactions internationales.

Ces journalistes ne sont pas des machines de guerre mais des humains. Ils travaillent, doivent prendre soin de leur famille, tenter eux-mêmes de survivre, à l’heure où Gaza connaît les bombardements les plus intenses de son histoire. C’est une guerre sans vraie zone de repli, sans endroit parfaitement sûr, où les reporters et leurs familles font face aux mêmes risques. D’ailleurs, rarement, si jamais, dans l’histoire du journalisme n’a-t-on vu les reporters couvrant un conflit faire eux-mêmes partie des populations déplacées par ce conflit.

Ce n’est pas une posture de rhétorique. Certains des journalistes travaillant aujourd’hui pour les médias français à Gaza dorment dans des tentes. Oui, dans des tentes. Chaque matin, ils se demandent si, eux, et leur famille se rendront au soir. Pourquoi? Parce qu’ils ne peuvent quitter Gaza. Le seul point de sortie, celui de Rafah, à la frontière égyptienne, leur est fermé.

Depuis le début de la guerre, les ressortissants étrangers ont pu quitter Gaza, mais la porte de Rafah est fermée pour les employés palestiniens des médias français sur place. Et pourtant, il en va probablement d’un coup de fil. D’un appel du président Emmanuel Macron au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Les Américains l’ont fait. Ils ont demandé à ce que les journalistes travaillant pour leurs médias nationaux à Gaza puissent quitter, prendre une pause et mettre à l’abri leur famille. La France peut le faire. La France doit le faire. Il en va de notre responsabilité collective.

Nous, journalistes occidentaux, demandons généralement l’accès au terrain, aux zones de conflit, pour en témoigner. Mais nous savons toujours qu’au terme de notre mission, nous pourrons normalement rentrer chez nous. Nos collègues de Gaza n’ont pas ce luxe. »

Les signataires sont des journalistes qui couvrent ou qui ont couvert le conflit israélo-palestinien. Il s’agit de : Philippe Agret (ex-chef du bureau de l’AFP à Jérusalem) ; Victorine Alisse (photoreporter, Jérusalem) ; Emilie Baujard (RTL, ex-correspondante dans les Territoires palestiniens) ; Marie-Armelle Beaulieu (Terre Sainte Magazine, Jérusalem) ; Margaux Benn (Le Figaro, Prix Albert-Londres 2022) ; Sami Boukhelifa (RFI, correspondant à Jérusalem, prix Bayeux 2019) ; Thomas Coex (AFP, ex-chef photo Jérusalem) ; Gwendoline Debono (LCI, ex-correspondant à Jérusalem, prix Bayeux 2017 et 2018) ; Guilhem Delteil (RFI, ex-correspondant à Jérusalem) ; Guillaume Dieuleveut (Le Figaro, correspondant à Jérusalem) ; Emmanuel Duparcq (AFP, Prix Albert-Londres 2011) ; Claire Duhamel (France 24, correspondante à Jérusalem) ; Samuel Forey (collaborateur du Monde à Jérusalem, prix Albert-Londres et Bayeux 2017) ; Julien Fouchet (Envoyé Spécial France 2, prix Albert-Londres 2014) ; Alice Froussard (journaliste indépendante, Jérusalem) ; Cécile Galluccio (France 24, ex-correspondante à Jérusalem) ; Philippe Gélie (Le Figaro, ex-correspondant à Jérusalem) ; Guillaume Gendron (Libération, ex-correspondant à Jérusalem) ; Louis Imbert (Le Monde, correspondant à Jérusalem) ; Marc Jourdier (chef du bureau de l’AFP à Jérusalem) ; Danièle Kriegel (journaliste, Jérusalem) ; Guillaume Lavallée (ex-chef du bureau de l’AFP à Jérusalem) ; Thibault Lefèvre (Radio France, correspondant à Jérusalem) ; Cyrille Louis (Le Figaro, ex-correspondant à Jérusalem) ; Hugues Maillot (Le Figaro, reporter) ; Georges Malbrunot (Le Figaro, grand reporter) ; Antoine Mariotti (France 24, ex-correspondant à Jérusalem) ; Céline Martelet (grand reporter) ; Clothilde Mraffko (journaliste, Jérusalem) ; Sophie Nivelle-Cardinale (journaliste, Prix Albert-Londres 2016 et Bayeux 2013) ; Thierry Oberlé (Le Figaro, ex-correspondant à Jérusalem) ; Salomé Parent-Rachdi (journaliste, ex-correspondante à Jérusalem) ; Murielle Paradon (RFI, ex-correspondante à Jérusalem) ; Nicolas Rouger (Libération, correspondant pour Israël et les Territoires palestiniens) ; Nicolas Ropert (ex-correspondant dans les Territoires palestiniens) ; Piotr Smolar (Le Monde, ex-correspondant à Jérusalem) ; Patrick St-Paul (Le Figaro, rédacteur en chef international) ; Laurent Van Der Stockt (photoreporter, ex-correspondant à Jérusalem, Prix Bayeux 1995 et 2013).

Les Sociétés des journalistes (SDJ) de l’AFP, RFI, Libération, Le Figaro, L’Obs, Radio France, France 24, RTL, L’Humanité, Arte, Arrêt sur Images, Télérama, L’Usine Nouvelle,  L’Informé, LeJournal.info

Prix Albert-Londres:

Delphine Minoui (grand reporter au Figaro, Prix Albert Londres 2006) ; Alice Odiot (réalisatrice, Prix Albert Londres 2012); Michel Moutot (AFP, prix Albert Londres 1999); Taha Siddiqui (journaliste en exil, prix Albert Londres 2014) ; Alain Louyot (prix Albert Londres 1985) ; Wilson Fache (prix Albert Londres 2023) ; Gwen Le Gouil (prix Albert Londres 2007) ; Philippe Pujol (prix Albert Londres 2014) ; Anne Nivat (prix Albert Londres 2000) ; Jean-Paul Mari (prix Albert Londres 1987) ; Marielle Eudes (prix Albert Londres 1995) ; Marie-Monique Robin (prix Albert Londres 1995) ; Etienne Huver (prix Albert Londres 2016) ; Nicolas Legendre (prix Albert Londres 2023) ; Delphine Deloget (prix Albert Londres 2015) ; Marjolaine Grappe (prix Albert Londres 2018) ; Nicolas Glimois (prix Albert Londres 1999) ; Helène Lam Trong (prix Albert Londres 2023) ; Ksenia Bolchakova (prix Albert Londres 2022) ; Alexandra Jousset (prix Albert Londres 2022) ; Feurat Alani (prix Albert Londres 2019) ; Philippe Rochot (prix Albert Londres 1986) ; Patrick Schmitt (prix Albert Londres 1989) ; Frédéric Tonolli (prix Albert Londres 1996) ; Florence Dauchez (prix Albert Londres 1993) ; Patrick de Saint-Exupéry (prix Albert Londres 1991) ; Olivier Weber (écrivain, grand reporter, prix Albert Londres prix Joseph Kessel) ; Sammy Ketz, (prix Albert Londres 1988 (Mathieu Cellard, prix Albert Londres 2018) ; Manon Loizeau, réalisatrice, prix Albert Londres 2006) ; Christine Clerc, (prix Albert Londres 1982) ; Emilienne Malfatto, (prix Albert Londres 2021) ; Jean-Jacques Le Garrec, (prix Albert Londres 1993) ; Delphine Saubaber, (prix Albert Londres 2010) ; Hervé Brusini (prix Albert Londres 1991)

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