Palestine, l’éternelle vieille affaire des deux États

par Pierre Feydel |  publié le 02/12/2023

C’est après la guerre de 14-18 que l’occupant britannique a proposé la partition de la région, faute de pouvoir résoudre les conflits entre Arabes et immigrants juifs. Bien avant l’existence d’Israël. 

D.R

La défaite militaire turque est avalisée par l’armistice du 30 octobre 1018. L’empire va être démantelé par le traité de Sèvres. Mais pour ce qui concerne la Palestine, c’est la conférence de San Remo en avril 1920 qui va fixer le sort de ces possessions arabes de la Sublime Porte. Trahissant les promesses de royaume arabe faites au chérif de la Mecque Hussein, en échange de son alliance contre les Turcs, les alliés vont se partager ces territoires.

Aux Britanniques, la Palestine et l’Irak ; aux Français, la Syrie et le Liban. Les deux vainqueurs se voient confier un mandat pour créer, à terme, dans ces régions des États indépendants. Hypocrisie colonialiste.

Un État est sans doute possible dans trois des quatre territoires. En Palestine, c’est d’emblée très compliqué, sinon impossible. D’autant que les Britanniques soutiennent l’idée d’un « Foyer national juif » depuis la déclaration Balfour de 1917. La population se répartit en 525 000 musulmans, 60 000 juifs et 70 000 chrétiens.

Idée repoussée

Plusieurs solutions s’offrent aux Britanniques, dont une Palestine unie offrant des garanties à la minorité juive. L’idée est vite repoussée. Reste, la solution d’un état judéo-arabe, binational, ou celle de deux états, un pour chaque peuple. Les Arabes refusent. Le conflit judéo-arabe sera désormais permanent d’autant que les juifs ne cessent d’arriver sur la « terre promise », sous l’égide du mouvement sioniste. Golda Meir rejoint le kibboutz Merhavia en 1921.

Les troubles commencent dès 1928, par un incident au moment du Kippour. Le congrès sioniste de 1929 crée une agence juive en Palestine. Des émeutes éclatent à Jérusalem. Les Juifs fuient Hébron et Gaza. Dès lors, pour eux, l’existence d’un État juif paraît indispensable.

En 1933, l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne accélère l’immigration. Le Yichouv, la communauté juive de Palestine, double. Elle atteint 30 % de la population totale. En 1936, un Haut Comité arabe que préside la grand mufti de Jérusalem déclenche la grève générale. Mohamed Amin al-Husseini est un chef religieux d’un antisémitisme farouche. Les Britanniques ont cru astucieux de le pousser en avant. L’islam leur paraît un ciment unificateur moins dangereux que le nationalisme. Erreur.  2 000 insurgés palestiniens vont affronter 20 000 soldats britanniques. Les sionistes, de leur côté renforcent la Haganah, leur force de défense, qui collabore avec l’occupant, pendant que les radicaux de l’Irgoun multiplient les attentats anti-arabes. L’ordre rétabli, les Britanniques sont convaincus par la solution à deux États.

En 1939, un livre blanc britannique prône la partition, mais veut limiter l’immigration juive pendant cinq ans. Ils se mettent à dos la communauté juive. Husseini, qui critique le texte, s’est réfugié au Liban. Il finira plus tard chez les nazis. Les nationalistes arabes affaiblis par la répression ont peut-être déjà perdu la Palestine, comme l’estime l’universitaire Jean-Pierre Filiu dans son « Histoire du Moyen-Orient » (Le Seuil).  En attendant, le 1er septembre, les Allemands envahissent la Pologne. Et la Shoah va imposer Israël au monde.