Parti socialiste cherche peuple de gauche

publié le 02/03/2024

Après le désastreux score aux présidentielles, le Parti Socialiste réunit une convention intitulée « Retrouvons le peuple ». Encore une occasion manquée…Par Boris Enet

Boris Enet

D’abord un premier couac révélé par le Canard Enchaîné avant même de l’être aux militants. Appelés à se prononcer sur un « manifeste » de dix pages, on leur confesse que c’est l’œuvre d’un cabinet de conseil dont les émoluments ne sont pas connus à ce jour. Dommageable pour un parti, issu des luttes sociales et politiques que de s’en remettre à de telles officines plutôt que de partir des considérations militantes ou dernier aveu d’un parti qui a perdu le fil. 

Dans une formation anciennement hégémonique à gauche, et plus généralement dans la social-démocratie, une coupure assez traditionnelle existait entre l’appareil et ses élus. Désormais, la rupture semble consommée entre ce qui reste de sa base militante et une direction schizophrénique dont le champ lexical est celui d’une radicalité formelle et des pratiques consistant à faire appel à …des cabinets de conseils

Des assemblées fédérales se tiennent obligatoirement avant un vote formel prévu le 14 mars prochain, destiné à entériner un constat et quelques propositions pour retrouver la vox du populi qui fait tant défaut au parti de Jaurès. Et pour le fond ? La guerre des roses n’est jamais loin. Aussi, la première partie de l’exercice consiste sans ambages à faire porter la responsabilité de la fuite de l’électorat populaire au mandat de François Hollande. Un peu court pour un parti incapable de mener à son terme le bilan d’une mandature secouée par la montée des tensions internationales, les attaques terroristes intérieures, une minorité frondeuse et qui continue à perdre des plumes…bien après 2017.

Mais il y a pire. On y trouve des considérations consacrant « le peuple » dignes de Chantal Mouffe, inspiratrice du « populisme de gauche » de LFI au détriment des couches du salariat et des employés, toujours plus nombreuses et cœur de cible de la gauche politique. Ce confusionnisme novateur trouve son aboutissement dans la comparaison entre démonstrations de gilets jaunes et manifestations syndicales sur la réforme des retraites, dans un parallèle déroutant censé illustrer le peuple, comme un tout monolithique, victime d’un néo-libéralisme revigoré à la sauce dame de fer des années 1980. Une rhétorique pleine de nuances pondue par un cabinet de conseil dont les constats sociaux pourraient être validées par un congrès du NPA.

Et les solutions ? Présentées comme l’identité de la gauche, le travail, les services publics et l’aménagement du territoire, l’éducation sont déclinés en cinq pages et autant de généralités, dans une dialectique toute élémentaire devant déboucher sur la démocratie et la République comme pierre angulaire d’un logiciel renouvelé. Soit. Sauf que le travail est exclusivement présenté comme une souffrance partagée par l’ensemble de ceux qui le subissent sans jamais y trouver un intérêt. Stress, souffrances, torture au sens étymologique, le travail n’est réhabilité que dans le titre et l’on serait bien en peine de ne pas lui préférer la paresse à la lecture de cette sentence sans nuance comme si la paupérisation était généralisée, au même titre que les conditions de travail du plus grand nombre, toutes dégradées.

Les services publics sont promus mais là encore, aucune analyse fine de la manière avec laquelle les déployer, les rendre efficients, les…réformer car il n’y aurait pire piège que de s’en accommoder dans un statu quo mortifère qui ne garantit en rien leur avenir, leur utilité et les agents qui les servent. Mais au pays d’Olivier Faure, avancer quelques pistes en ce sens serait vite considéré comme une offensive néolibérale. 

Mieux vaut donc ne rien en dire et survoler le sujet, à l’image de cette convention dont on peine à savoir s’il s’agit d’une plaisanterie à vaste échelle ou d’une volonté encore avortée. Enfin, s’il fallait un symptôme pour illustrer le naufrage, comment s’adresser à des « classes populaires » sans évoquer les questions de sécurité ? A moins de considérer que ce ne soit l’apanage de Le Pen et de la droite autoritaire…car il en est désormais ainsi au sein du Parti Socialiste, la place de la nuance et des propositions innovantes sont portions congrues préférant les mots d’ordre du XXe siècle, par ailleurs mal digérés. Cela fait pourtant vingt-quatre ans que nous sommes entrés dans le siècle suivant.

Boris ENET, Personnel de direction de l’éducation nationale, militant socialiste

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