Petit Jordan deviendra grand ?

par Valérie Lecasble |  publié le 17/12/2023

Tête de liste du Rassemblement National aux élections européennes, il ne cesse de grimper dans les sondages et se positionne dès à présent comme Premier ministre de cohabitation

Jordan Bardella, politicien français du Rassemblement national (RN), applaudi avant la réunion de l'Université d'été du Rassemblement national (RN) à Fréjus, dans le sud de la France, le 12 septembre 2021 - Photo Valery HACHE / AFP

Pour l’heure, tous les yeux sont rivés sur Marine Le Pen, candidate pour la quatrième fois en 2027 à l’élection présidentielle. De plus en plus de Français pensent que, cette fois, elle sera élue. Depuis sa première tentative, en 2012, elle a acquis l’expérience et défini une stratégie politique. C’est faire abstraction de ses handicaps : forte et expérimentée certes, mais ni vraiment brillante ni cultivée ni charismatique. Qui plus est femme et fille de Le Pen.

Rien de tout cela avec Jordan Bardella. Il a surgi dans le paysage politique dans le sillage de Marine Le Pen. A elle le recul, la hauteur de vue, la mise en perspective et la responsabilité du groupe des 88 députés du Rassemblement National qu’elle anime d’une main de maître à l’Assemblée Nationale. A lui, la Présidence du parti, les punchlines agressives, ces attaques bien formulées contre ses adversaires, reprises par les médias. A lui aussi la tête de liste pour les prochaines élections européennes, le 9 juin 2024.


Sur tous ces sujets, Jordan Bardella excelle. Jeune, 1,90 mètre , avenant, puissant, à l’intelligence vive, des airs de Jacques Chirac des temps modernes,  il impressionne. Il faut le voir se déplacer, entouré de ses gardes du corps, avancer droit et écarter ceux qui le gênent sur son passage.

Marine Le Pen ne prend aucun risque. Elle ne parle qu’en terrain connu, à ses ouailles, ou face à l’Assemblée Nationale. Lui, au contraire, s’expose, monte en première ligne, court les plateaux de télévision et les studios de radio. A 28 ans, il a développé un discours dangereusement efficace qui reprend tous les codes de la rhétorique identitaire pure et dure, celle d’ Éric Zemmour et de Marion Maréchal. Il assène ses arguments :  comment il faut stopper l’immigration, chasser les étrangers hors de France, refonder les règles européennes, changer la Constitution. Bref, pourquoi il est temps selon lui d’installer un régime d’extrême-droite en France.

Dans le contexte de l’assassinat de Dominique Bernard, de Crépol et des faits divers quotidiens, son positionnement fonctionne au-delà de ses espérances. L’IFOP le place à 30% d’intentions de vote lors des prochaines élections européennes avec… 12 points d’avance sur la majorité présidentielle. Il a gagné 5% en six mois. Ipsos-Sopra-Steria lui accorde 28 % d’intentions de vote contre 24 % en juin dernier. Dans le top 10 des personnalités politiques préférées des Français de Paris-Match, il ravit la sixième place et détrône Marine le Pen, huitième.

Tirant profit de la crise politique autour de la loi sur l’immigration, Jordan Bardella appelle à la dissolution de l’Assemblée Nationale et s’intronise Premier ministre de cohabitation. Personne ne rit.Certes, à 28 ans, il a encore beaucoup à apprendre. Mais rien n’empêche plus l’élève de dépasser le maître.