Pétition pour le climat

par Pierre Calame |  publié le 14/05/2023

Pour Pierre Calame, auteur d’un « Petit traité de gouvernance » (ECLM, 2023), l’idée d’Emmanuel Macron, selon laquelle il serait légitime « d’imposer des réformes contre la société mais pour son bien », témoigne d’une vision dépassée de la gouvernance

Photo VICTOR de SCHWANBERG/SCIENCE PHO / VSC / Science Photo Library via AFP)

La France traverse une profonde crise politique et démocratique. La
calamiteuse réforme des retraites a déconsidéré à la fois la
Présidence, le Gouvernement, l’Assemblée nationale et même le Conseil
Constitutionnel. Ça fait beaucoup !
Il est urgent pour la société de reprendre l’initiative et de montrer sa capacité à débattre et à construire des perspectives. Ce ne sont pas les tournées du
Président sur le terrain et le dialogue par casseroles interposées qui
redonnera du sens à la démocratie.
Or il est un sujet majeur qui concerne toute la société : la lutte contre le réchauffement climatique.
Elle révèle jusqu’à la carricature la difficulté de nos dirigeants à
concevoir un véritable débat démocratique. Le dérèglement climatique
fait l’objet d’innombrables rapports et discours. Notre impuissance à y
faire face nourrit le mal être de la jeunesse, sa crainte de l’avenir et
son scepticisme à l’égard de la capacité des démocraties à engager les
politiques audacieuses et à long terme nécessaires pour faire face à un
défi qui implique un changement profond de notre économie et de nos
modes de vie.
De la planification écologique à la multiplication des lois sectorielles, aucune des mesures gouvernementales n’a réellement impliqué la société elle-même dans le débat.

La Convention citoyenne sur le climat, en 2019-2020 est le symbole des occasions manquées.
Pour la première fois le gouvernement semblait prendre la démocratie
délibérative au sérieux et les membres de la Convention ont fait preuve
d’un engagement et d’un sérieux exemplaires. Malheureusement la
Convention a été torpillée par trois erreurs de méthode passées presque
inaperçues: le mandat donné à la Convention l’obligeait à multiplier les
propositions sectorielles sans possibilité d’envisager des réponses
d’ensemble pourtant indispensables; le déroulement même de la Convention
a enfermé les participants dans une logique leur interdisant de revenir
à des réflexions générales une fois formés aux enjeux; enfin, un
parallèle inapproprié avec les jurys d’assises a interdit aux
panelistes de donner de la publicité à leurs échanges, ne permettant pas
que la société tout entière se saisisse des termes du débat.

Ce sont ces errements qu’il faut corriger aujourd’hui en invitant à un
vaste débat démocratique conçu en deux étapes, des débats à l’échelle
des territoires car c’est là que les échanges peuvent s’enraciner dans
le concret, puis un débat national susceptible de déboucher sur une loi
à l’échelle du défi. C’est l’objectif de la pétition postée début avril
sur le site du Sénat,
https://petitions.senat.fr/initiatives/i-1328?locale=fr:

Le texte de la pétition énonce les quatre principes fondamentaux
suivants :

• prendre en compte la totalité de l’empreinte climatique de la société
française, où que soient émis les gaz à effet de serre, locaux et
importés ;

• garantir la réduction annuelle de 6 % de cette empreinte climatique,
pour passer de 9 à 2t éqCO2 par habitant et par an d’ici à 2050 ;

• être socialement juste, en allouant à chaque citoyen un droit égal ;

• respecter le principe de moindre contrainte de façon à permettre à
chacun de faire librement ses choix et de tirer bénéfice de ses efforts
de sobriété.

Ces principes issus des débats des Assises du climat,
www.assisesduclimat.fr , en 2021 permettront de renouveler profondément
le débat démocratique et de déboucher sur des perspectives radicalement
innovantes au moment où chacun comprend que les émissions sur le
territoire national constituent un critère illusoire compte tenu du fait
que nous avons délocalisé l’essentiel des activités productives
énergétivores et où il est devenu évident que la taxation de l’énergie
fossile, véritable impôt à taux régressif, ne peut constituer la réponse
d’ensemble. Quant à l’obligation annuelle de résultat, c’est la seule
manière de sortir de trente ans d’irresponsabilité, les dirigeants
politiques de tous bords s’étant limités jusqu’à présent à fixer des
objectifs suffisamment lointains pour que leur responsabilité ne soit
pas engagée.

Nous avons six mois pour réunir 100 000 signatures et besoin de la vôtre
pour signifier à nos institutions qu’il est temps que ce débat prenne
place.

Auteurs de la pétition: Pierre Calame, président de Citego, Valérie
Cohen, coordinatrice des alliés du compte carbone, Armel Prieur,
président d’Escape-jobs pour l’emploi sans carbone

PREMIERS SOUTIENS :

Marie-Guite Dufay, présidente du Conseil régional de Franche Comté de
2008 à 2015, présidente de la Région Bourgogne Franche Comté depuis 2016,
Corinne Lepage, ministre de l’Environnement de 1995 à 1997 sous la
présidence de Jacques Chirac, députée européenne de 2009 à 2014,
présidente de CAP 21,
Yves Cochet, ministre de l’Aménagement du territoire et de
l’environnement de 2001 à 2002 dans le gouvernement de Lionel Jospin,
président fondateur de l’Institut Momentum,
Eric Piolle, maire de Grenoble depuis 2014,
Dominique Potier, député depuis 2012, inspirateur de la Loi sur le
devoir de vigilance des entreprises multinationales,
Patrick Viveret, philosophe, conseiller-maître honoraire de la Cour des
Comptes, fondateur des Dialogues en humanité, écrivain, auteur entre
autres de « PIB la richesse est ailleurs »,
Christian Gollier, économiste, directeur de l’École d’économie de Toulouse,
Gus Massiah, ingénieur et économiste, personnalité centrale de l’alter
mondialisme, membre du Conseil scientifique de Attac-France et du
Conseil international du Forum social mondial,
Alain Caillé, sociologue, dirigeant fondateur de la revue Mauss, auteur
en 2013 du Manifeste convivialiste,
Jean-Baptiste de Foucauld, inspecteur des finances, Commissaire général
au Plan 1992-1995, fondateur de Solidarités nouvelles face au chômage,
un des fondateurs du Pacte civique,
Muriel Raulic, technicienne du spectacle, une des citoyennes membres de
la Convention Citoyenne pour le Climat qui en a fait le bilan critique
dans le texte « Citoyenne, j’alerte »,

Et par ordre alphabétique :
Benjamin Aldouy et Stéphane Hairy (Ex Naturae),
Julie Aliane (responsable data),
Geneviève Ancel (Dialogues en Humanité),
Jean-Louis Bal (ancien président du Syndicat des Énergies Renouvelables,
président de AgirPourLeClimat),
Éric Bergé (chef de projet au ShiftProject),
Annabelle Berger (Ikhate),
François Bernard (e-graine Normandie),
Louis-Marie Blanchard (CRD et Décarbonautes),
Denis Bonnelle (chercheur),
François Brun (Shifters-Paris),
Éric Brunat, économiste, professeur à l’Université Savoie Mont Blanc,
membre de l’Académie de Savoie,
Hervé Cellard (ancien responsable qualité),
Mathieu Chamignon (responsable qualité),
Rodolphe Deborre (éco-construction),
Guillaume Desrocques (Tickarbone),
François Dubreuil (Unis pour le climat),
Robert Jestin (Ar Nevez),
Laurent Joffrin (directeur de la rédaction de Libération jusqu’en 2020, créateur du nouveau média LeJournal),
Laurent Kermel (consultant progiciel),
Vianney Languille (Allocation-Climat),
Philippe Lauret (conseiller environnement),
Manon Laveau (Printemps écologique),
Marcel Lepetit (Pacte civique),
Christophe Mandereau (expert en résilience industrielle),
Ute Meyenberg,
Olivier Mondin (Impact RGPD),
Peggy Munich (Adage-conseil experts-comptables),
Alain Nathan (Nouvelle Donne),
Laure Noualhat (journaliste, réalisatrice, auteure, dernier livre «
Bifurquer par temps incertains »)
Pascale Osma (Citoyens Pour Le Climat),
Richard Pétris (l’École de la Paix),
Thomas Pittau (Deb’acteur),
Michael Sdika,
Samuel Thirion (Together),
Magalie Viallon (chercheuse),
Cédric Villani (mathématicien, médaille Fields 2010, député de 2017 à 2022)

Pierre Calame