Pour : son interdiction a dévitalisé ceux qui nous gouvernent

par Valérie Lecasble |  publié le 10/02/2024

Pour ou contre le cumul des mandats ? Deux avis, contraires. D’abord, les arguments en faveur…

Depuis qu’en 2014, il est devenu impossible d’être en même temps maire d’une grande ville et ministre de la République, la compétence de ces derniers a décliné. Sans expérience de terrain et enfermés dans leur bulle parisienne, ils ne connaissent plus les Français.

S’il y a une leçon à retenir de l’interminable remaniement ministériel, c’est l’indigence de la classe politique française sous le règne d’Emmanuel Macron.  La raison n’est plus uniquement comme lors de sa première élection, sa volonté de se concentrer sur la société civile, ni Rachida Dati ni François Bayrou, un temps pressenti, n’en fait partie. Il faut chercher ailleurs pour comprendre comment les ministres de la République, se sont à ce point appauvris.


Le temps n’est pas si lointain où ils s’appelaient Dominique Strauss Kahn, Martine Aubry ou Lionel Jospin, à gauche, Alain Juppé, François Fillon ou Jean-Pierre Raffarin, à droite. Qu’on les aime ou qu’on les déteste, ils ne laissaient personne indifférent. Ils étaient compétents dans leur domaine, connus et légitimes. Ils avaient une histoire et pouvaient revendiquer un parcours. Leur personnalité avait de la chair et ils partageaient souvent une vision de leur tâche et de leur destin.

Ils avaient démarré jeunes conseillers municipaux ou départementaux, avaient mouillé leur chemise pour gravir un à un les échelons de la République. La plupart du temps, ils étaient maires de villes moyennes ou grandes, le métier le plus noble en politique, celui où l’on gouverne une population. Ils avaient gagné leur élection à force de labourer le terrain. Ils connaissaient les Français.

Tout cela a volé en éclat il y a dix ans avec la fin du cumul des mandats. Certes, la loi initiée par Martine Aubry et votée par la majorité de gauche en 2014, portait de bonnes intentions : elle avait pour ambition de rajeunir et renouveler le personnel politique et de permettre aux parlementaires d’exercer leur mandat à plein temps. Une « révolution démocratique, disait-on. Elle devait aussi sans le clamer contribuer à moraliser la vie des hommes politiques, en dissociant leurs intérêts locaux de leurs fonctions nationales. En cela, elle a atteint son but.

Dans le même temps cependant, elle a dévitalisé ceux qui nous gouvernent. Sans ancrage, sans expérience, sans connaissance intime des Français, ils ont parfois été députés, ce qui ne les empêche pas d’avoir tendance à rester enfermés dans leur bulle parisienne et élitiste de l’Assemblée nationale. Les sénateurs par nature plus proches des territoires ne sont jamais nommés ministres depuis qu’Emmanuel Macron est Président.

Si vous ajoutez à cela qu’être ministre est devenu un contrat à durée éphémère, on comprend pourquoi mieux vaut désormais rester maire de sa ville que devenir membre du gouvernement. Même s’il est difficile d’être maire, c’est là où on peut changer la vie des gens.

Voilà pourquoi il est désormais plus utile de rester à la maison que de se perdre sous les ors de la République. La raison pour laquelle nos ministres ne sont plus ce qu’ils étaient.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique