Pour une relance européenne

par Bernard Attali |  publié le 23/07/2024

Le débat sur une éventuelle politique de relance est, hélas, quasi-inexistant de notre côté de l’Atlantique. Et pourtant…

Les experts sont unanimes : sur le plan économique, l’Europe décroche. Larguée par les États Unis, menacée par la Chine, concurrencée par le reste du monde. Après les alertes des Pr. Draghi et Letta, un rapport récent de Finance Watch vient de démontrer qu‘en l’état actuel des choses, les marchés privés seuls ne permettront pas à l’Europe de financer plus d’un tiers des investissements nécessaires pour rester dans la course. Les États Unis ont pris les devants : avec l’IRA, le champion toute catégories du libéralisme (sic) vient d’engouffrer des milliards d’argent public dans son économie.

Hélas, le débat sur une éventuelle politique de relance est quasi-inexistant de notre côté de l’Atlantique. Et pourtant … Il serait urgent de se demander si la situation exceptionnelle que traverse l’économie mondiale n’exige pas des gouvernements et de la Commission à Bruxelles une action moins conventionnelle, pour tout dire moins timorée que l’actuelle. Il faudrait se demander si, en tenant à son objectif de 2 % pour l’inflation (pour si peu de réussite), la BCE ne pèse pas excessivement sur la croissance. Il faudrait se demander si, à force de s’accrocher à la règle des 3 % de déficit public autorisé, l’Union ne s’interdit pas de mobiliser tous les investissements d’avenir indispensables à la défense et à la transition énergétique.

« À ne rien faire, l’Europe s’enlise, au lieu de se doter des armes nécessaires pour faire face à la guerre économique qui monte »

Il faudrait aussi s’interroger sur l’insuffisante solidarité européenne en matière budgétaire, qui interdit de nouveaux emprunts mutualisés. Il faudrait mobiliser toutes les énergies pour la mise en place d’un vrai marché des capitaux, afin d’affronter la guerre de l’épargne mondiale qui fait rage. Enfin il faudrait s’accorder sur la mise en œuvre coordonnée de politiques spécifiques de redistribution, afin de ne pas pénaliser, encore, les ménages les plus modestes.

Certes, tout n’est pas possible tout de suite : il y a les traités et la vigilance des marchés. Il y a aussi la psychologie collective : les Américains privilégient le risque quand les Européens préfèrent la norme. Mais à ne rien faire, l’Europe s’enlise, au lieu de se doter des armes nécessaires pour faire face à la guerre économique qui monte. Au moment où il fait faire preuve d’audace, elle en reste à des dogmes qui datent pour l’essentiel du traité de Maastricht de…1992 !
Le temps presse. Un grand général résumait en deux mots le secret de toutes les batailles perdues dans l’histoire : « Trop tard ! »

À lire, Quelle France en 2050 ?, de Patrick Arthus (Éditions Odile Jacob, 2024).

Toute la série :
1. Pour une relance européenne
2. La guerre mondiale de l’épargne

Bernard Attali

Editorialiste