Pourquoi Giorgia Meloni s’en prend à la France

par Marcelle Padovani |  publié le 27/01/2024

La présidente du conseil italien tente d’accuser les Français d’avoir mis la main sur la Fiat. Cette attaque cache une manœuvre plus politique avant les élections européennes

Le Premier ministre italien, Giorgia Meloni à Rome, le 18 janvier 2024 - Photo par Tiziana FABI / AFP

Le 24 janvier, Giorgia Meloni inaugure entame un vibrant lamento nationaliste devant les députés. Elle développe sa complainte le 25 dans les médias. Et, dès le lendemain,  se présente, au moins à droite et à l’extrême-droite, sacrée comme un authentique « sauveur de la patrie ». Quelles sont les raisons de ces gémissements patriotiques ? La présidente du conseil italien a, tout d’un coup, entrepris une croisade contre la fusion en 2021 de deux constructeurs automobiles, l’italien FCA (Fiat Chrysler Automobiles) et le Français PSA (Peugeot Citroên). L’opération a donné le jour à un nouveau colosse industriel: Stellantis.

Un monstre, aujourd’hui sixième groupe mondial qui compte 14 marques et plus de 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires au seul dernier trimestre 2023 en hausse de 7 %. Cet ensemble serait dominé par les Français soutient la Meloni. « Oui, il s’est agi d’une fausse fusion, ce fut en réalité un rachat à nos dépens », affirme-t-elle. L’Italie aurait laissé filer à l’étranger un joyau historique du patrimoine national, à savoir la Fiat de la famille Agnelli. Avec cette conséquence : la production de moins de véhicules Fiat dans la Péninsule.

  Ces assertions méritent d’être examinées de prés. La chef du gouvernement italien commet deux erreurs. La première est que, de l’aveu de tous les observateurs, l’actionnariat Stellantis est aujourd’hui très équilibré. Le quotidien économique, « Il Sole24ore », rapporte que l’Exor, la société d’investissement de la famille Agnelli, possède maintenant 26 % des droits de vote en assemblée générale, Peugeot en a 11 % et l’État français 10 %, le reste étant sur le marché. La main mise étrangère sur le capital de la firme paraît donc très aléatoire. 

Deuxième erreur : la Melloni soutient que Stellantis produit plus en France qu’en Italie. Là c’est Carlos Tavares, directeur général de Stellantis, l’homme qui a sauvé PSA de la faillite qui lui répond. « Stellantis s’était fixé une production italienne de l’ordre d’un million de voitures par an, mais c’est la faute au gouvernement italien si on n’y arrive pas ».   Les mesures incitatives qui auraient permis d’atteindre l’objectif ont tardé. Il ajoute que si Stellantis a dû fermer un établissement à Mulhouse et licencier 600 travailleurs, c’est en France, pas en Italie.

Le déséquilibre supposé en faveur de l’étranger est donc une pure illusion. À moins qu’il ne s’agisse d’un calcul politique. Surtout si l’on note que sur les 13 entreprises italiennes cotées en bourse qui ont choisi comme Stellantis de déplacer leur résidence fiscale à l’étranger, et dont « ll Corriere della sera » a fait la liste, on compte des groupes industriels aussi importants tels Ferrari (automobile), Mediaset (media), Campari (spiritueux), et Luxottica (lunetterie).

Reste à comprendre les vrais motifs de cette charge anti-française de « La Meloni ». Elle n’a pas hérité, dans l’ambiance néo-fasciste de ses débuts, d’une sympathie délirante pour la France. Elle a tout fait pour éviter Emmanuel Macron en 2023, lors de ses vacances romaines, ou de ses déplacements officiels .  Mais surtout, elle pense au futur. Les Européennes de juin, la verront confrontée au refus macronien d’une alliance de gouvernement à Bruxelles autour de Ursula Von Der Leyen avec le concours des élus de Meloni. Alors, autant vaut, se dit-elle dénoncer à l’avance l’hégémonisme insupportable des Français. Au nom de la défense du patrimoine industriel italien…