Que d’eau ! Que d’eau !

publié le 18/11/2023

Des crues comme s’il en pleuvait !  Certaines servent encore de référence, étant donné leur ampleur. La concentration urbaine a augmenté les dégâts et le nombre des victimes. Par Pierre Feydel

Bertrand Guay- AFP

C’est en l’an 778, sous Charlemagne, que les premières levées de terre apparaissent le long des fleuves. Ces digues rudimentaires sont régulièrement reconstruites, ce qui montre la fréquence des crues. Au cours des siècles, ces constructions ont bien du mal à limiter les dégâts. Il ne faut pas remonter très loin pour le constater. En 1853, Lyon, Tarascon et Avignon sont dévastées par le Rhône et 23 kilomètres de digues sont détruites, 100 000 hectares recouverts par les eaux.

En 1875, c’est la Garonne qui fait des siennes. La crue atteint 11,40 m… 1 400 maisons sont détruites à Toulouse. Deux ponts sont emportés. 209 personnes trouvent la mort. Le président de la République de la toute jeune IIIe République, Patrice de Mac Mahon, se rend sur lieux et s’exclame « Que d’eau ! Que d’eau ! » devant les paysages inondés. Cette réflexion d’une rare pertinence lui vaut les sarcasmes de la presse satirique de l’époque. Quant au préfet qui l’accompagne, il en rajoute. « Et encore, vous n’en voyez que le dessus », fait-il finement remarquer. Comme si la catastrophe frappait d’inanité émotionnelle ces éminents personnages.

Les records de 1910
En matière d’inondations, il y aura bien pire. 1910 bat tous les records. Le Doubs monte de 9,57 m. Besançon met six mois à s’en remettre : toutes les maisons ont été inondées, l’éclairage public a été coupé, les transports en commun arrêtés. Mais ce sont les débordements de la Seine (8,62 m ) qui frappèrent le plus les esprits. Le zouave du pont de l’Alma mouille non seulement sa culotte, mais manque de peu de boire la tasse. C’est la première grande catastrophe à être photographiée.

Dans les arrondissements centraux de la capitale, tous sous les eaux, plus de gaz, plus d’électricité, plus de chauffage. Les Parisiens canotent dans les rues. Les déchets ménagers sont jetés dans la Seine depuis le pont de Bercy. Les six lignes de métro sont fermées. Seule victime, la girafe du Jardin des Plantes, qui n’a pu être évacuée. Elle décède d’une pneumonie. La capitale a connu d’autres crues dramatiques au XVIIIe siècle. Mais celle-là reste la plus forte.

La catastrophe la plus meurtrière intervient en 1930. En deux jours, le Tarn, l’Aveyron, la Garonne sortent de leur lit. Le samedi 2 mars, l’eau grimpe à toute vitesse. Il n’a cessé de pleuvoir depuis quatre jours. Les neiges ont fondu brutalement. Les sols, gorgés d’eau, n’absorbent plus rien. L’Agout, affluent du Tarn, monte de 22 mètres. Le Sud-Ouest est dévasté. À Reyniès (516 habitants), petit village du Tarn-et-Garonne, seules l’église et la mairie restent debout. La rive droite de Montauban est détruite. À Moissac, 1 400 maisons s’écroulent, 120 habitants sont noyés.

C’est un choc national. La France compte en tout 700 victimes. Le président, Gaston Doumergue, venu soutenir les populations et leurs élus, contemple atterré la dévastation. À Reyniès, il s’attarde au milieu des ruines. «  Il a perdu son légendaire sourire », note un journaliste de « La Dépêhe du Midi ». Mais il se gardera, sagement, de toute déclaration intempestive.

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Que d’eau ! Que d’eau !


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