Rachida Dati : l’ombre de Sarko

par Valérie Lecasble |  publié le 11/01/2024

En offrant le Ministère de la Culture à la protégée de Nicolas Sarkozy, le gouvernement Attal entérine un spectaculaire et opportuniste virage à droite. Malgré une mise en examen pour « corruption et trafic d’influence »

Rachida Dati, maire du 7e arrondissement de Paris après un débat avec le député LFI NUPES Ugo Bernalicis lors de l'université d'été du parti d'extrême gauche La France Insoumise - Chateauneuf sur Isère, 2022-08-27 - Photographie Nicolas Guyonnet / Hans Lucas.

Que diantre est-elle donc allée faire dans cette galère qu’elle avait dénoncée avec virulence. En Marche ? : « Un parti de traîtres de gauche et de traîtres de droite qui n’est rien sans Emmanuel Macron », fustigeait -elle en juin 2021 sur France Inter, en parlant des membres de la majorité présidentielle. Nommée ministre de la Culture, serait-ce elle la nouvelle traîtresse ? C’est en tous cas ce que semble penser Éric Ciotti, le patron des Républicains, qui a annoncé son exclusion du parti dès l’officialisation de sa nomination : « Le choix d’entrer dans un gouvernement que nous ne soutenons pas fait que Rachida Dati ne fait plus partie de notre famille politique ».

La surprise du chef, la grande gueule de la politique, la femme populaire à poigne est sans conteste la star du remaniement. Quoi qu’on pense de Rachida Dati, elle ne laisse personne indifférent. Elle clive, on l’aime ou, plutôt, on la déteste. On l’aime pour son culot et pour la façon sans pareille qu’elle a de faire rire son auditoire au détriment de la terre entière. On la respecte pour un parcours obtenu à l’énergie et à la force du poignet. Mais on la déteste pour son manque de conviction politique forte, ses mensonges et ses incohérences. Et son opportunisme viscéral. Pour la défendre, Gabriel Attal a déjà été contraint de monter au créneau sur TF1 au nom de la présomption d’innocence.

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La nouvelle ministre de la Culture est tout de même mise en examen – on disait inculpée – depuis 2021 pour « corruption et trafic d’influence », rien moins. Rachida Dati aurait touché 900 000 euros en trois ans de Renault dans l’affaire Carlos Goshn ;où elle nie bien sûr tout trafic d’influence. « Une mise en examen n’est pas une condamnation », a dû insister le Premier ministre.

Un fossé les sépare. L’âge d’abord, vingt-quatre ans d’écart :Gabriel Attal en a 34, Rachida Dati, 58. Plus important, leur façon à chacun de de faire de la politique. Elle symbolise l’Ancien Monde, celui de Nicolas Sarkozy, qui l’avait choisie comme ministre de la Justice. Elle a la réputation d’être ingérable, de lâcher les coups, du style « Darmanin a des pratiques indignes », ou « Emmanuel Macron n’a que du mépris ». Rien ne la fait plier, c’est notable. Mais rien ne l’arrête non plus quand elle accepte d’entrer dans un gouvernement qu’elle a trainé dans la boue.

 La plus heureuse est sans doute Anne Hidalgo, ravie de voir la Maire du 7è arrondissement quitter, pour l’instant, le Conseil de Paris où elle la bombardait de ses attaques incessantes.

Au fait, pourquoi la Culture ? Bonne question… ce n’est en rien sa spécialité, elle n’en a ni le goût ni l’expérience. Et il y a fort à parier que le monde de la Culture ne va pas bien l’accueillir. L’essentiel de sa feuille de route serait normalement de mener l’impossible réforme de l’audiovisuel public, en rapprochant France Télévision et Radio France.

En vérité, la nomination de Rachida Dati est surtout – et seulement ? – politique. Cette « prise de guerre » délite un peu plus les Républicains, qui voient leurs personnalités, leurs idées et leur capital politique fondre sans soleil. Elle préfigure aussi l’alliance annoncée entre la Macronie et la Sarkozie pour conquérir la mairie de Paris, dès lors que Gabriel Attal, poulain d’Emmanuel Macron, vise désormais encore plus haut.

Après celle de la nomination du « jeune » Gabriel Attal pour tenter de bloquer l’ascension d’Édouard Philippe vers la présidence, voici  celle de l’imprévisible Rachida Dati, deuxième cartouche d’Emmanuel Macron, pour contrer Pierre-Yves Bournazel, le poulain de son concurrent à la mairie de Paris.

Remaniement ou pas, le seul outil politique du président, semble être, à l’approche des Européennes, la calculette…