RN-AFD : les liaisons dangereuses

par Pierre Feydel |  publié le 27/01/2024

Entre les extrémistes populistes allemands de l’AFD et le RN, la proximité fait tâche. Marine Le Pen, dans un souci de normalisation électorale, fait désormais mine de trouver ses voisins trop « extrémistes »…

Les délégués marchent devant le logo du parti lors de la conférence nationale de l'AfD au centre d'exposition de Magdebourg - Photo Carsten Koall/dpa

Marine Le Pen a bien du mal avec ses cousins germains. Le parti d’extrême droite allemand Altenative fûr Deutschland (AFD) ( Alternative pour l’Allemagne) en pleine ascension dans les sondages outre-Rhin, multiplie les initiatives outrancières au point, par comparaison, de jeter un doute sur la stratégie de normalisation du Rasssemblement National. Car les deux formations font, au Parlement européen, partie du même groupe, Identité et Démocratie, qui rassemble les organisations politiques d’extrême-droite du continent.

La dernière « gaffe » de l’AFD réside dans une réunion de quelques-uns de ses dirigeants avec des néonazis autrichiens au cours de laquelle a été élaboré un plan de « remigration ». Il s’est agi de bannir du territoire allemand, en cas de prise de pouvoir, tous les étrangers d’Allemagne, qu’ils soient intégrés, assimilés ou pas. La réunion avait eu lieu en novembre. Elle a été révélée le 10 janvier en Allemagne par le consortium de journalistes d’investigation « Correctiv ».

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe, provoquant des manifestations de centaines de milliers d’Allemands indignés dans toutes les grandes villes. Le terne Olaf Scholz a même participé à ces protestations.  Des propositions de dissolution de l’AFD ont été émises.

À son dernier , le parti allemand mettait en exergue ses connivences avec le RN à propos de « l’Europe des patries » ou de la nécessité de ménager la Russie de Poutine

Marine Le Pen a donc grondé ses cousins germains. Accusant les dirigeants du parti allemand de mal contrôler leurs troupes et menaçant de ne plus adhérer a même groupe qu’eux au Parlement européen. Elle s’est empressée de rappeler que, pour le RN, il n’était pas question de remettre en cause la nationalité d’un citoyen français, quelles que soient les conditions de son acquisition. Donc plus de déchéance de nationalité au programme. Dont acte. Que les dirigeants du RN se pincent le nez lorsque d’outre-Rhin leur parviennent les effluves d’une idéologie où semble subsister des traces de celle du IIIe Reich, soit.

Néanmoins, cette attitude semble plus tenir de la stratégie électorale que de sincères divergences idéologiques. Il n’y pas si longtemps, les deux partis se faisaient les yeux doux. À son congrès, en août dernier, le parti allemand mettait en exergue ses connivences avec le RN à propos de « l’Europe des patries » ou de la nécessité de ménager la Russie de Poutine. Le 3 décembre, à Florence, lors d’un meeting avec les dirigeants des partis d’extrême-droite européens, AFD comprise, Jordan Bardella exaltait les thèses identitaires habituelles faisant de l’immigration la mère de tous les vices du continent.

Dans sa course à la normalisation le RN se sert de l’AFD comme repoussoir, comme elle l’a fait… d’Éric Zemmour

Dans une déclaration au « Point », Maximilien Kraft considère que les récentes divergences avec Marine Le Pen relèvent du malentendu. Il s’est empressé d’expliquer que lorsque son parti parle de remigration, il évoque «  les immigrés illégaux, les criminels et les étrangers qui vivent de l’aide sociale pendant des années ». Pas question selon lui de s’en prendre aux citoyens allemands. Un discours très proche du RN. Marine Le Pen, « désinformée », aurait été abusée…

La présidente des députés du RN n’a jamais manqué de féliciter l’AFD pour ses succès électoraux. En fait, la question est de savoir qui a le plus besoin de l’autre. Si les deux partis espèrent dans une alliance avec d’autres constituer une minorité de blocage au sein du Parlement européen, ils ne peuvent en aucun cas aller jusqu’à la rupture. D’ailleurs en ont-ils véritablement envie ?

Dans sa course à la normalisation le RN se sert occasionnellement de l’AFD comme repoussoir, comme elle l’a fait… d’Éric Zemmour. Les extrémistes, se sont eux, pas lui. Cela trompe qui ?