Sécheresse : le Roussillon sur le sable

par Hervé Marchal |  publié le 06/01/2024

Dans le Pas-de-Calais l’eau submerge tout, mais à l’autre bout de la France, dans les Pyrénées-Orientales, une sécheresse jamais vue vitrifie les sols et hypothèque l’avenir des habitants

Le lac de retenue de Vinca, complètement à sec, dans les Pyrenées-Orientales

Chiffres, constats et diagnostics, tous disent la même chose : depuis un siècle, jamais il n’a aussi peu plu en Roussillon qu’en 2023 : 245 mm à peine, c’est moitié moins que la moyenne des vingt dernières années. Idem pour les températures des mois d’octobre et novembre qui avoisinent les… 30 degrés.

Météo France annonce que 2023 a été l’année la plus chaude jamais mesurée en France. Quant au BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), il constate que la plaine du Roussillon – classé en alerte rouge ! – est le territoire hexagonal le plus impacté, et de loin, par la sécheresse.

Jamais, les nappes phréatiques n’ont jamais atteint un tel déficit. Désormais c’est la survie des arbres, des ceps de vigne et des productions de maraîchage qui est engagée. Il faut arracher des vergers entiers comme à Rivesaltes ou Ille-sur-Têt. Et des vignes – pourtant solides – sont condamnées. Du jamais vu !

Et le phénomène se répand comme un mal sans fin Sur les hautes terres de Cerdagne, les éleveurs n’en peuvent plus : le manque d’eau a provoqué la perte de 80% de la récolte de foin. Les assurances n’ont pas fonctionné et certains exploitants ont été contraints jusqu’à quart de leur troupeau pour payer l’achat de fourrage.

Pourtant, ce territoire a toujours su organiser l’utilisation la ressource en eau. En créant d’abord un réseau d’irrigation très sophistiqué de plus de 2000 kilomètres de canaux. Et en divisant par trois les volumes nécessaires. Puis en érigeant des barrages de retenue (Les Bouillouses, Caramany, Villeneuve-de-la-Raho, Vinça) pour écrêter les crues des fleuves côtiers du territoire, réguler les étiages et fournir de l’eau à usage agricole.

Au total, ces lacs représentent près de 100 millions de m3 de stockage. Mais face à ce cataclysme climatique, cela reste insuffisant. Il manque 12 millions de m3 au barrage de Villeneuve-de-la-Raho. Et le fond de celui de Vinça, totalement sec, ressemble à la planète Mars. Impossible donc de les utiliser pour recharger les réservoirs d’eau des Canadairs malgré des incendies de l’été gravissimes.

C’est toute une partie de l’économie du département – 3 000 exploitations agricoles  -qui est en danger. Quant au tourisme, indispensable, il représente 11 000 emplois et plus de 7 millions de visiteurs, gros consommateurs d’eau. Sans compter l’attractivité de toute la bande littorale de la Méditerranée dont la vitalité démographique… s’oppose à la baisse de la consommation.  

Les solutions ? Elles sont rares. Pas question d’usines de dessalement et les méga bassines.  Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie, a présenté un « Plan Eau » doté de 160 millions d’euros. Elle veut faire de son territoire le premier en matière de réutilisation des eaux usées avec un volume de 10 millions de m3 à l’horizon 2030. Ensuite, il faudra désimperméabiliser, renaturer, sensibiliser les touristes aux gestes d’économie, recharger les nappes, bref, faire des Pyrénées-Orientales un véritable département d’innovation.

Pour l’heure, hélas, personne ne sait faire l’essentiel : faire pleuvoir sur cette région quasiment sur le sable. De l’autre côté de la frontière, Barcelone, capitale de la Catalogne, en est réduite à se faire livre de l’eau potable… par bateau, de Marseille !