Sexisme : en arrière, toutes !

par Sandrine Treiner |  publié le 27/01/2024

Le rapport annuel, le sixième, conduit par le Haut Conseil à l’égalité, présidé par Sylvie Pierre-Brossolette, n’est pas encourageant. Le sexisme ne régresse pas : au contraire, il progresse ! Et il le fait singulièrement chez les hommes jeunes…

Une manifestante lors d'une manifestation organisée par "NousToutes", un collectif féministe français, contre les violences sexistes et sexuelles, place de la République à Paris, le 20 novembre 2021 - Photo Alain JOCARD / AFP

Les entretiens ont été conduits sur un échantillon représentatif de 3500 personnes. Ils rendent compte des ressentis des femmes : 9 sur 10 considèrent avoir été victimes d’une situation sexiste, 70 % n’avoir pas reçu le même traitement dans leur famille que les garçons, 38 % avoir subi une inégalité de traitement à l’école. La moitié des filles, entre 25 et 34 ans, déclarent avoir connu dans leur vie intime un épisode de non-consentement.

Et le phénomène… s’aggrave. Le fossé grandissant entre les générations est éloquent. De plus en plus d’hommes de 25/34 ans pensent que les femmes devraient normalement s’arrêter de travailler pour élever les enfants et un sur 5 qu’il est normal d’avoir un salaire supérieur à une femme à compétence égale. 28 % d’entre eux jugent que les hommes sont davantage faits que les femmes pour être patrons, 52 % que l’on s’acharne sur les hommes, 54 % qu’on ne peut plus séduire une femme sans être jugé sexiste, un quart que la violence est nécessaire pour se faire respecter.

Plus grave: 64 % des hommes de 25-34 prennent les vidéos pornos comme une norme sexuelle à reproduire. 68 % des vidéos les plus vues sur Instagram assignent les femmes à la maternité. Les vidéos mettant en scène des femmes dévouées à la vie domestique ou à leur conjoint font recette sur TikTok : en témoignent deux hashtags #Tradwife et #Stayathomegirlfriiend. Bref si la prise de conscience des inégalités et du sexisme progresse, le malentendu entre les genres s’aggrave.

Période de régression, profonde ou passagère ? Comme souvent, les intuitions sont trompeuses. D’un côté, la lutte contre les discriminations se développe, s’affine et occupe le champ intellectuel et le débat public ; de l’autre, les réalités ont la vie dure et montrent l’inverse. Nos générations qui avaient eu confiance dans le progrès des mentalités sont cruellement démenties. L’avenir, pensions-nous, serait à l’émancipation, la responsabilisation, la tolérance et l’ouverture à la différence. S’il est avéré dans des milieux restreints, il peine à embarquer la population, voire il œuvre à l’inverse.

Les évidences des uns – antiracisme, antisexisme, vigilance face à l’antisémitisme… – ne font pas recette chez les autres. On peut le déplorer, s’en prendre à l’époque, mais sans l’autocritique nécessaire sur notre système de convictions, d’éducation et de transmission, gageons que l’on peinera à redresser la barre.

« S’attaquer aux racines du sexisme ». Ainsi est rédigée la recommandation du Haut Conseil à l’égalité adressée au gouvernement. La famille, l’école et le numérique, qualifiés d’incubateurs du sexisme sont placés en tête des priorités. Un cap est tracé, des mesures évoquées : la formation à l’égalité, la mise en place à grande échelle de séances d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.  Un plan d’urgence préconisé : éduquer, réguler, sanctionner. Comme le disait une chanson de notre enfance : « avançons la jambe, la jambe, que la route est longue ».