Stefano Silvestri : « Macron a raison de parier sur une dissuasion européenne »

par Marcelle Padovani |  publié le 10/05/2024

Stefano Silvestri , ex secrétaire d’Etat à la Défense, analyse  la proposition d’Emmanuel d’envoyer ses soldats en Ukraine. Qu’en pense l’Italie ?

Silvano Silvestri- D.R

-LeJournal.info: Comment l’Italie réagit-elle aux propositions du président Macron et aux menaces de Poutine?

– Stefano Silvestri (*) : Ceux qui voient dans l’offensive atomique russe  une réponse au défi macronien se trompent lourdement . Poutine est beaucoup plus inquiet pour les déclarations faites dans le cadre de l’OTAN, sur le thème de «  l’inacceptable victoire russe en Ukraine » qu’il fallait « à tout prix empêcher ». Notons également qu’il parle juste après le vote de l’aide américaine à Kiev. Ma conclusion ? C’est qu’il désire par-dessus tout l’arrêt total de l’assistance  militaire, qu’elle soit européenne ou américaine . C’est tout.

N’oublions pas que les pertes russes  occasionnées par l’ avancée de printemps étant écrasantes ( les services britanniques parlent en tout de 500000 morts)  , il est vraisemblable que Poutine rêve plus de la capitulation ukrainienne que d’une conquête militaire russe.

– Avec quelles conséquences pour ce que, en Italie, on appelle « la ligne Macron » ?

La « ligne Macron » est loin d’être erronée. Elle enregistre cette vérité fondamentale selon laquelle les Européens ne peuvent pas compter seulement sur les Américains ! Et pour une raison simple : parce qu’ils sont moins puissants qu’on ne le croit. Macron a raison de parier plutôt sur une dissuasion européenne .

Mais il y a deux façons de la mettre en marche . En choisissant d’armer sur le plan nucléaire un certain nombre de pays, l’Allemagne et la Pologne en tête . Ou bien en augmentant les capacités conventionnelles de toute l’Europe. Et c’est ce que, pragmatique, le Président français a choisi . Avec l’espoir un jour ou l’autre d’une vraie armée continentale.

Le gouvernement de Giorgia Meloni partage-t-il les propositions macroniennes ?

Tous les gouvernements au fond les partagent , car aucun n’ose dire clairement « non » en matière d’armes conventionnelles, et s’emploie à adapter son budget national aux couts du réarmement . Ainsi l’Italie consacre  déjà à ses dépenses en matière de Défense 1,4%  de son budget . Mais elle n’a pas encore appris par exemple à ses industries comment augmenter leurs capacités productives en matière d’armes, de chars, d’avions de combat….  Il faut se souvenir que Giorgia Meloni est une femme intelligente , mais qu’elle a une culture politique faible , et qu’en la matière, son parti, Fratelli d’Italia est encore pire qu’elle .  

Elle a parfaitement compris qu’elle devait devenir atlantiste et pro américaine . Et que si Biden décidait de « faire la guerre à la Russie », elle devrait dire « Oui ! ». Mais si c’était Macron …. N’oublions le problème héréditaire de la droite italienne envers les Français : une animosité de principe , une sorte de méfiance historique. Qui compte et comment !

Mais faisons confiance à Emmanuel Macron , il sait parfaitement à quoi s’en tenir. S’il labourera davantage du côté des Allemands, des Espagnols, des Européens de l’Est, ce sera aussi parce qu’il compte sur eux pour convaincre la « sœur latine ».

* Stefano Silvestri , célèbre analyste, ex secrétaire d’Etat à la Défense, est conseiller en politique étrangère de nombreux gouvernements et de l’I.A.I.  l’Institut italien des Affaires Internationales. 

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome