Suicide au collège

par Jérôme Clément |  publié le 21/04/2024

Royan, avec Nicole Garcia, au théâtre de Paris, pièce de Marie N’Diaye

D.R

La scène est vide. Sauf sur la droite, un alignement de boîte aux lettres. Elle entre en scène. Une femme, vêtue d’un imperméable blanc, une sacoche de professeur à la main. C’est « La professeure de français », pièce écrite pour Nicole Garcia-J’étais Oran comme j’étais Gabrielle, c’est mon prénom– par Marie N’Diaye et jouée pour une dizaine de représentations au théâtre de Paris.

Nous sommes à Royan, devant l’entrée déserte de l’immeuble où vit Gabrielle, la professeure de français. Elle sait qu’elle devra affronter bientôt les parents de Daniella, l’adolescente de sa classe qui s’est suicidée. Devant nous, elle se livre à une réflexion sur sa propre vie pendant 1 h 20, et c’est admirable.

Que s’est-il passé ? Quelle est sa responsabilité ? Pourquoi ce suicide ? Quelles relations entre tous ces êtres et comment expliquer ce geste à leurs parents, sans compassion ni culpabilité ? Quel est le sens de tout cela, cette douleur inconsolable qui ne peut la quitter, sur laquelle elle s’interroge sans complaisance, et nous livre ce faisant sa réflexion sur le dur métier de vivre.

« Je ne suis pas aimante, je ne suis pas aimée » nous dit Gabrielle. Et tout est dit de l’amour qui manque, qu’on n’a pas su donner ni recevoir, cette impossibilité qui conduit au pire, au rejet, à la froideur, au suicide. Nicole Garcia, magnifique dans son jeu, dans sa présence, avec sa voix âpre, si particulière, nous fait vivre cette incommensurable douleur avec un talent que seule la scène du théâtre peut rendre si vrai, si incandescent sur un texte bouleversant délivré comme une gifle aux spectateurs.

Jérôme Clément

Editorialiste culture