Trump et Netanyahou : deux alliés, deux guerres
Netanyahou veut détruire à tout prix la puissance militaire iranienne, tandis que Trump craint une guerre longue et cherche une porte de sortie. Le différend entre Trump et Netanyahou risque encore de s’approfondir avec le bombardement des sites gaziers au Qatar. Washington n’avait pas été informé de ces frappes conduite par Israël. Trump est furieux.
Ciblage et liquidation. Loin des bombardements massifs sur les installations pétrolières et les centres économiques de l’Iran, se déroule une impitoyable guerre de l’ombre. Le général Amir Hatami, commandant en chef de l’armée, a confirmé mercredi le décès d’Ali Larijani, qui présidait le Conseil de sécurité de la République islamique. Mardi, il se trouvait à Téhéran, dans la maison de sa fille, lorsque des avions ont frappé le bâtiment. Ce même jour, le général Soleimani, commandant des paramilitaires Bassidj, a lui aussi été tué, ainsi que le patron des renseignements Esmaïl Khatib.
Commencé avec l’élimination du guide suprême Ali Khamenei, le 28 février, au matin du premier jour de la guerre, le cycle des assassinats ciblés n’est pas près de s’arrêter. Le ministre israélien de la Défense Israël Katz vient en effet d’annoncer que son gouvernement a « autorisé l’armée à éliminer tout haut responsable iranien pouvant être tué sans dommages collatéraux majeurs, sans qu’une approbation supplémentaire soit nécessaire ».
Des stratégies divergentes entre Washington et Tel-Aviv
Est-ce pour autant l’assurance que le régime des mollahs va s’effondrer rapidement ? En réalité, le régime s’était préparé à ces éliminations : il a doublé toute sa structure dirigeante avec des responsables susceptibles de prendre le relais à tout moment. Les assassinats ciblés pourraient aussi avoir pour conséquence de durcir considérablement le régime, au détriment du peuple iranien.
Ainsi, en éliminant Larijani, c’est un pilier du régime susceptible de négocier « l’après » qui disparaît. « Larijani avait du poids parmi les Gardiens de la révolution, dont il a longtemps été le vice-ministre, souligne le politiste Bernard Hourcade. Il pouvait s’imposer face aux plus radicaux du régime islamique. Radical lui aussi dans sa façon de penser, il avait été un des négociateurs sur la question nucléaire au début des années 2000. Il savait négocier en situation de crise. Il faut se rendre compte que les assassinats ont pour conséquence de renforcer les radicaux du régime ».
L’intensification des frappes aériennes, les destructions, l’élimination des responsables iraniens peuvent encore donner l’impression qu’une victoire militaire est à portée de main. Mais pour combien de temps ?
Une sortie de crise incertaine pour les États-Unis
Avec ses coups de butoir à répétition, l’état-major israélien parie sur un effondrement, sans tenir compte de la résilience du régime. À l’inverse, Trump, bredouille, invente des victoires et cherche une porte de sortie. La démission surprise de Joseph Kent, haut responsable américain de la lutte contre le terrorisme, déclarant que l’Iran « ne représentait aucune menace imminente » pour les États-Unis, a jeté un trouble supplémentaire. Une fois encore, le milliardaire républicain est renvoyé à cette question lancinante des buts de guerre. Apprenant que l’Iran n’avait pas repris son enrichissement d’uranium depuis les destructions de juin dernier, plusieurs sénateurs donnent de la voix.
Poser la question de la réalité de la menace, c’est revenir au point de départ, à ces négociations à Genève, animées par les diplomates d’Oman. Fin janvier, les pourparlers avançaient : l’Iran proposait même de restreindre le volume de son uranium enrichi pour ne pas atteindre le seuil qualifié pour enclencher la préparation d’une bombe. La question des missiles aussi était sur la table.
Trump voulait que les Iraniens soient en position de faiblesse, qu’ils acceptent toutes ses conditions. L’armada était déjà au large du golfe Persique. « Netanyahou a demandé à Trump d’interrompre les négociations, d’attaquer, reprend Bernard Hourcade. Il a réussi à convaincre Trump de faire une petite guerre, sans doute. L’hubris de Trump est bien connu : il s’est laissé entraîner justement sur la question de la menace nucléaire. C’est une faute politique qui affaiblit le prestige des Américains au plan militaire et politique ».
Tenir, c’est gagner la guerre. Tel est sans doute l’adage des dirigeants iraniens actuels, qui a été démontré par la longue guerre ayant opposé l’Iran à l’Irak (1980-1988), avec son million de victimes. On attend le prétexte que va trouver Trump pour se désengager. Le pire serait alors qu’il n’y ait plus de négociateurs capables de conduire des pourparlers, comme aurait pu l’être Ali Larijani, mais une direction plus brutale encore face à un peuple qui veut toujours un changement de régime. On découvrira alors que l’agenda de Trump et celui de Netanyahou n’étaient pas les mêmes en démarrant cette guerre. D’entrée de jeu, la carte de Netanyahou était celle du chaos.



