Ukraine : le sale boulot de Donald Trump

par Emmanuel Tugny |  publié le 10/02/2024

En faisant bloquer par ses alliés politiques toute aide militaire à l’Ukraine, Donald Trump, narcissique, partisan et obnubilé par sa guerre électorale contre Joe Biden, met délibérément en danger Kiev et favorise Moscou

Le président américain Joe Biden à Las Vegas, Nevada, le 4 février 2024 et L'ancien président américain Donald Trump, candidat républicain à la présidence. Biden et Trump s'apprêtent à mener l'une des plus longues campagnes présidentielles de l'histoire des États-Unis - Photo SAUL LOEB et TIMOTHY A. CLARY / AFP

Le 1er février dernier,  Joe Biden félicitait Ursula von der Leyen pour son incontestable succès : le dernier Conseil de l’UE avait en effet répondu à l’attente de court terme de Kiev et octroyé à l’Ukraine les 50 milliards d’euros sollicités, avec la bénédiction chèrement acquise d’Orban.

La trahison de la cause démocratique

C’est pourtant aux États-Unis qu’il faut chercher la trahison de la cause démocratique, chez un Trump qui entend ne rien concéder à ses rivaux sur le terrain géopolitique miné où chemine son pays. D’une main, il refuse tout succès à Biden, exploitant la polémique montante sur sa santé nourrie par ceux qui le prétendent plus gâteux que gaffeur, de l’autre, il refuse de secourir Zelensky, rétif à lui complaire. A ce double effet, il bloque les 61 milliards d’aide économique, humanitaire et militaire indispensables à Kiev, que le Congrès, qui lui a alloué 110 milliards de dollars depuis février 2022, échoue depuis décembre à voter. Toxique.

Les démocrates, majoritaires au Sénat, minoritaires à la Chambre des représentants, ne parviennent pas à convaincre des Républicains qui feignent de conditionner le vote de l’aide à un durcissement de la politique migratoire sudiste et à un appui renforcé à Israël, dans un contexte de rejet croissant du soutien à Kiev par la population américaine.

14 milliards d’aide à Tel-Aviv ont été associés au plan d’aide à l’Ukraine pour rassurer le Grand Old Party (les Républicains) dont les représentants modérés au sénat, tels Mitch McConnell, Mitt Romney, John Thune ou John Cornyn, ou à la chambre basse, tels Young Kim, Tom Emmer ou David Joyce, ne sont pas hostiles aux vues de Biden.

Ce sont bien les USA qui manquent aujourd’hui à Kiev au pire moment

Las, ces députés républicains radicaux, majoritaires à la chambre basse, que Trump manipule en sous-main, à l’image d’Andy Biggs, Tim Burchett, Eli Crane ou Matt Gaetz, empêchent par principe, quand même ils obtiennent les amendements qu’ils exigent, le vote du budget ukrainien par les deux assemblées qui forment le Congrès.

Or, l’Ukraine est en mauvaise posture, elle manque de munitions, peine à légiférer pour recruter, s’embourbe, ne remporte pas ce succès qui influerait sur la donne électorale russe. Sa tête est la proie de divisions délétères qui ont conduit au remplacement du populaire général Zaloujny commandant en chef des forces armées d’Ukraine, par le rude Syrsky, ce qui lasse une opinion exténuée, irritée par le report des élections et le goût du limogeage de son irascible président. Oui, ce sont bien les USA qui manquent aujourd’hui à Kiev au pire moment, pour des raisons dont la futilité a de quoi sidérer.

« Only one person »

Le paradoxe est que rien ne dit que l’aide à l’Ukraine se verrait contester si…Trump était élu. Témoin l’exercice géopolitique trumpien 2016-2020 « qui n’a pas été si complaisant à l’endroit de Poutine. Mais comment admettre qu’« only one person » – ( « une seule personne ») comme le déplorait le 6 février dernier le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy, indigné par les intrigues de Trump – puisse, pour l’heure, par narcissisme pur, engager le monde sur la plus périlleuse des pentes, favorisant, outre ceux de Moscou, les intérêts des ennemis jurés du pays qu’il prétend diriger demain ?