Ukraine : la périlleuse équation américaine

par Emmanuel Tugny |  publié le 16/12/2023

Joe Biden, le seul vrai soutien de l’Ukraine, doit affronter les Républicains et ses trumpistes qui font tout pour freiner une aide pourtant vitale… 

Le président américain Joe Biden et le président ukrainien Volodymyr Zelensky en conférence de presse à la Maison Blanche à Washington, DC, le 12 décembre 2023 - Photo Mandel NGAN / AFP

La « valse hongroise » de cette semaine a vu l’UE remporter une victoire sur le dossier ukrainien, mais cette victoire atteste que les USA demeurent le seul vrai recours d’un occident en mal de cohérence. Or, la situation du protecteur américain inquiète.

Certes, le soutien de Biden à Kiev n’est pas douteux, qu’il a réitéré lors de la conférence de presse donnée aux côtés de Zelensky le 15 décembre. Il y a rappelé l’enjeu du conflit : la défense du camp des libertés, fustigeant tels élus trumpistes qui, derrière Mike Johnson, s’opposent à sa demande d’un nouveau crédit d’appui à Kiev de 61 milliards de dollars.

Si l’attitude de ces élus, isolationnistes par principe, s’entend, elle préoccupe : à l’approche du lancement de la campagne présidentielle, le Grand Old Party, quoi qu’il en coûte au rayonnement des USA, au respect de la parole donnée, au maintien de l’unité de l’OTAN mise à mal par les atermoiements américains, et, plus prosaïquement, à la récupération des investissements concédés, veut ébranler, excipant du dossier migratoire (crédits ukrainiens contre crédits liés à l’immigration latino), un candidat démocrate putatif visé depuis le 13 décembre par une enquête en destitution liée à ses relations financières à son fils.

La conduite des ultras républicains suffirait à ravir un Poutine revigoré. Las, le camp démocrate tend lui aussi – au su de tous depuis une lettre d’octobre 2022 signée par trente députés de son aile gauche, Alexandria Ocasio-Cortez et Pramila Jayapal en tête, qui appelait à des négociations avec Moscou-  à savonner la planche de son leader, dénonçant, depuis le déclenchement du conflit gazaoui, un soutien « aveugle » à Israël, en dépit de l’hostilité patente de Joe Biden à la colonisation de cette Cisjordanie que les USA souhaitent unir à Gaza dans le cadre d’une « solution à deux états » (des sanctions inédites contre les colons ont été annoncées le 5 décembre dernier).

Pis, la démission de Josh Paul, membre du Département d’État, ou la contestation par le Pentagone de la stratégie démultiplicatrice de Kiev, témoignent de ce que le président est également en butte à des turbulences au sein de sa superstructure.Quant à l’OTAN, elle vacille au souvenir des menaces de Trump d’en sortir ou d’en réformer la charte (pourcentage des crédits alloués, article 5).

En sus, la Chine semble désormais, avec Israël, le cœur des préoccupations de la géopolitique républicaine : « L’Ukraine nous fatigue », s’intitulait une motion du sénateur trumpiste Matt Gaetz…

Poutine plastronne, arguant de petites avancées au Donbass, tout à l’espoir de l’élection de celui qui lui apparaît pour ce qu’il est, un Rodomont manipulable, et Biden, qui a toujours affiché sa détestation pour l’homme qu’il juge « privé d’âme », rame vent debout, lie les sujets pour avoir gain de cause, s’efforçant de passer outre le projet de loi de finances temporaire qui n’assure que jusqu’en février la solvabilité de l’État fédéral et ne porte mention d’aucune aide nouvelle à Kiev…