Ukraine : l’Europe recule-t-elle ?
Tandis que Trump annonce des sanctions contre la Russie et presse Zelensky pour entamer au plus vite des discussions avec Moscou, l’Europe ne fait plus référence à « l’intégrité territoriale » de l’Ukraine. un chemin vers le cessez-le-feu ?
Jeudi 23 octobre, Conseil européen à Bruxelles. A l’ordre du jour, un nouveau paquet de sanctions contre la Russie. Il s’agit cette fois de flécher les pays qui contreviennent à l’embargo sur le gaz et le pétrole russe par le truchement de la flotte fantôme de Moscou. On parlera aussi du coup d’accélérateur donné par Trump pour tenter d’avancer vers un cessez-le-feu en Ukraine.
Le vendredi 17 octobre Trump recevait Zelensky pour la seconde fois dans le bureau ovale. Il n’y a pas eu d’humiliation devant les caméras comme en février dernier. Mais Zelensky est sorti de la Maison Blanche avec un visage tendu. Il n’a pas obtenu les missiles Tomahawk qu’il souhaitait : c’est « une escalade » lui a dit Trump. Après la rencontre, on a lu cette phrase sur le réseau social Truth : « Ils devraient s’arrêter là où ils sont ». Le pluriel ôtait toute ambiguïté à cette formulation : Moscou et Kiev, agresseur et agressé, sont mis sur le même plan mais l’idée d’un cessez le feu sur les lignes de front actuelles apparaît dans cette remarque qui n’a rien d’anodine.
La veille du rendez-vous, Poutine avait appelé Trump. Le maitre du Kremlin a commencé par le féliciter d’avoir obtenu en cessez-le-feu à Gaza. Passant à l’Ukraine, Poutine lui a fait savoir qu’il souhaitait le rencontrer à Budapest. La rencontre vient d’être repoussée mais les deux dirigeants ont évoqué les conditions d’un cessez-le-feu. Le tweet de Trump après son échange téléphonique ne peut s’expliquer autrement. Comme à son habitude, l’Américain joue les « idiots utiles » au service du Kremlin.
Surprise. Cette idée de pause des combats et de discussions sur la base des lignes de front vient d’être reprise par l’Union européenne d’une manière inattendue. « Nous soutenons avec force la position du Président Trump selon laquelle les combats doivent cesser et que la ligne de contact actuelle doit être le point de départ des négociations » écrivent une dizaine de dirigeants européens conjointement avec Ursula von der Leyen et le Président Zelensky.
Dans ce communiqué on aurait pu s’attendre à retrouver l’expression maintes fois mentionnée par l’Europe de défense de « l’intégrité territoriale l’Ukraine ». Elle a disparu pour être remplacé par une phrase qui ressemble davantage à un souhait, « les frontières internationales ne doivent pas être modifiées par la force ».
La position américaine n’est pas nouvelle. Trump a maintes fois
bousculé Zelensky, le poussant à céder des territoires en échange de la paix. L’alignement des Européens sur la posture du milliardaire républicain est, en revanche, un virage stratégique.
Plusieurs éléments peuvent l’expliquer. D’abord un principe de réalité. Au cours des dernières mois la perspective d’une reconquête par les combattants de Kiev de l’est et du sud s’est éloignée. Les quatre provinces constituant le Donbass, Lougansk, Donetsk, Zaporijia, Kherson, déjà annexées par un vote de la Douma, représentent 20% de l’Ukraine. Poutine s’est emparé de la Crimée, elle aussi annexée en 2014 et en veut plus encore : sans doute la démilitarisation de l’Ukraine et la chute du régime Zelensky.
Dans le virage pris par les Européens, il faut aussi voir un « effet Gaza ». La détermination acharnée manifestée par Trump pour arracher un accord conduisant à un cessez-le-feu, cette manière de tordre le bras de Netanyahou a joué comme un accélérateur dans la crise ukrainienne. Par pragmatisme certains dirigeants européens ont voulu sortir du bois, quitte à assouplir la position de principe qu’ils observaient depuis le début de la crise. Finalement, la crainte de voir l’Europe sortir du jeu l’a emporté.
En faisant mouvement vers la position américaine, l’Europe perd un atout, mais elle a préparé d’autres cartes : on parle d’un « conseil de la paix » pour l’Ukraine dont la présidence serait confiée à Trump lui-même, un peu sur le modèle imaginé pour conduire la phase de transition à Gaza. Français, Allemands et Britanniques sont aussi à la manœuvre pour rédiger un plan de paix en 12 points où l’Europe aurait la tâche de conduire une force de la paix pour garantir un cessez-le-feu durable.
Pari risqué. A ce stade rien ne dit en effet que les concessions sur la forme et les schémas des diplomates puissent voir le jour. Trump affirme avoir dit à Poutine « arrêtez la tuerie, trouvez un accord ». Mais le président russe n’a pas encore bougé d’un millimètre. Sans rapport de force pour le contraindre, il peut toujours dire niet.



