Vade retro macronas !

par Laurent Joffrin |  publié le 16/12/2023

Chaque dimanche, un regard engagé sur une semaine d’actualité. Que retenir dans le flot d’informations qui inonde les médias, entre écume des jours et vague de fond ? L’essentiel

Lundi 11 – Les Gribouille de la gauche

L’Assemblée rejette l’examen du texte sur l’immigration proposé par la majorité. Sonnez hautbois, résonnez musettes ! clame la gauche : la macronie a mordu la poussière, le texte est bloqué, le gouvernement est dans la panade. Aveuglement sectaire : chassé par la porte à l’Assemblée, le texte reviendra par la fenêtre d’une « commission mixte paritaire » où la droite est majoritaire. Autrement dit, comme le remarque Delphine Batho, seule députée NUPES à avoir refusé de marcher dans la combine, l’Assemblée discutera d’une nouvelle mouture, plus réactionnaire que l’ancienne. Qui veut faite l’ange de l’ouverture fait la bête de la fermeture.

Je pense à ces milliers de travailleurs sans statut qui marnent depuis des années dans ces métiers « de première ligne ».  Grâce à cette brillante manœuvre célébrée à son de trompe, la situation de ces sans-papiers, qui attendent depuis des années une régularisation, s’aggravera au lieu de s’améliorer, sous l’œil goguenard du Rassemblement national.

Mardi 12 – Mélenchon président ?

Mélenchon ne cache plus son ambition de concourir une nouvelle fois à la présidentielle. Après avoir brisé la NUPES, il veut en ramasser quelques morceaux épars pour une candidature « d’Union populaire », laissant à l’écart le reste de la gauche. Dans le même temps, en dénonçant sans relâche Israël, il espère solidifier autour de lui les suffrages musulmans. Ce vote communautaire représente quelques points, qui s’ajouteront au score habituel de l’extrême-gauche en France. Manœuvre cynique qui assure au moins dix points d’intentions de vote à l’Insoumis en chef en début de campagne.

Les autres leaders de la gauche le regardent faire, fascinés comme des lapins dans les phares. Le scénario qui se dessine est limpide : Mélenchon en tête de la gauche au premier tour, battu néanmoins par Édouard Philippe et Marine Le Pen qui livreront le duel final, avec un fort risque de victoire RN. À la fin des fins, qui sortira de l’apathie générale pour se mettre en travers ?

Mercredi 13 – Les ignares du Figaro

J’ai aidé il y a quelques années Laurent Voulzy à écrire un livre sur ces cathédrales qu’il fréquente régulièrement pour ses excellents concerts de pop mystique. Or voici qu’une polémique naît autour de la réfection de Notre-Dame de Paris ravagée il y a quatre ans par un incendie. Emmanuel Macron, toujours moderne, veut remplacer quelques vitraux de Viollet-le-Duc par des œuvres contemporaines. Levée de boucliers suscitée par Le Figaro. Quoi ? On veut porter atteinte au patrimoine, à l’héritage chrétien, à la pureté initiale de ces édifices religieux ! Vade retro macronas !

Comme d’hab’, le Figaro ne comprend rien à la tradition. La plupart du temps, les cathédrales gothiques ont remplacé des bâtiments romans construits au même endroit, sans grand égard pour la tradition, quand elles n’ont pas absorbé et mêlé, comme à Strasbourg, des parties romanes désormais encastrées dans l’édifice gothique. Mélange, innovation, évolution… Plus intelligente que ses soi-disant défenseurs, l’Église a toujours cherché à renouveler l’art religieux en tenant compte de l’évolution de la société et de la liturgie.

Les cathédrales ne sont pas des musées, mais des lieux de culte vivants qui se sont transformés au fil des siècles. Rappelons que s’il fallait respecter la conception d’origine, on devrait les repeindre en couleurs vives, avec force moulures d’or et décors clinquants, comme elles l’étaient au Moyen-âge. Le Figaro défend la tradition, c’est sûr. Mais sans la connaître.

Jeudi 14 – Ukraine : la dernière cartouche ?

Comme tout démocrate, je m’inquiète de voir le Proche-Orient éclipser la guerre qui fait toujours rage en Ukraine, et où se joue l’avenir de l’Europe. Je me rassure en voyant que l’Union a réussi à neutraliser Viktor Orban (moyennant finances) pour accepter d’ouvrir les négociations sur une adhésion de l’Ukraine à l’Union, geste symbolique fort et important. Mais il y a plus trivial : dans leurs tranchées, les combattants ukrainiens, qui sont aussi des combattants de la liberté, doivent compter une à une les munitions qui leur reste pour répliquer aux attaques russes. Si on les maintient dans cette tragique pénurie, ils seront bientôt débordés par la soldatesque de Poutine. Ce ne sont pas des encouragements qu’il leur faut, mais des balles et des obus.

Vendredi 15 – Depardieu doit être dégradé

On songe à retirer sa Légion d’honneur à Gérard Depardieu, les dirigeants de l’ordre se réunissent pour en discuter. Juste retour des choses. Qui a vu comme moi le reportage de « Complément d’Enquête » sur un voyage de la star en Corée du Nord n’en peut tirer qu’une seule conclusion : star à l’écran, Depardieu n’est qu’un sale type dans la vie. Pas seulement par sa vulgarité épaisse. Mais parce que, tel un Kim-il-Jong du cinéma, il use et abuse de son pouvoir de « monument intouchable » pour mépriser, humilier, insulter toutes les femmes qui passent à sa portée et qui sont contrainte de se taire face à ce gougnafier protégé par son pouvoir dans le milieu complice du cinéma.  

Samedi 16 – Gaza : tuez-les tous !

Ironie sanglante et révoltante : l’armée israélienne a tué par erreur trois des otages qu’elle était censée rechercher et libérer. On dira qu’il y a des erreurs de tirs dans toute guerre, celles qu’on nomme bizarrement des « friendly fires », des « tirs amicaux », qui tuent des amis et non des ennemis.

Mais la tragédie pose une question : si les Israéliens sont capables de confondre dans un viseur leurs otages avec des terroristes, c’est bien qu’il y a quelque chose de déréglé dans leurs règles d’engagement. Quelle est leur maxime pour éliminer les miliciens du Hamas ? « Sélectionnez les cibles pour épargner les civils » ou « tirez dans le tas » ? On songe à l’antique mot d’ordre attribué à un évêque vindicatif au moment de la prise de Béziers par les croisés lancés à l’assaut des Cathares. Quand on lui avait demandé comment distinguer les chrétiens des cathares pendant la bataille, il aurait répondu : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ».