Vatican : Léon XIV au grenier

par Marcelle Padovani |  publié le 20/03/2026

Au cœur du Palais apostolique, le pape Léon XIV a choisi de s’installer dans la discrète « mansarde » longtemps restée inoccupée, ignorant les traditionnels appartements pontificaux. Un déménagement atypique qui intrigue autant qu’il fascine.

Le pape Léon XIV, devant le palais apostolique du Vatican, lors de l'audience générale hebdomadaire sur la place Saint-Pierre, le 11 mars 2026. (Photo Massimo Valicchia / NurPhoto via AFP)

La « mansarde du Pape », appelée également le « soffittone », le « gros grenier », un dix-pièces niché sous les toits du Palais apostolique à Rome, vient de retrouver, le 15 mars, son locataire en titre : le pape Léon XIV. Accompagné de deux secrétaires particuliers et de six religieuses péruviennes, il a inauguré le domicile de ses rêves, pourvu, après dix mois de travaux, de salles de bains, d’une cuisine, de chambres d’amis, d’une terrasse, d’une salle de gymnastique, d’une vaste bibliothèque, d’une sympathique chapelle et d’un spacieux bureau particulier, ce dernier ayant l’avantage de comporter une fenêtre qui donne sur la place Saint-Pierre. D’où la question : un déménagement aussi inédit et particulier pourrait-il annoncer l’ébauche d’une nouvelle ère pontificale ?

Une rupture avec l’appartement papal

Un peu d’histoire pour commencer. L’appartement papal traditionnel se situe à l’étage en dessous de la « mansarde ». Il a été occupé jusqu’en 2013 par tous les papes récents, y compris le Polonais et l’Allemand (Jean-Paul II et Benoît XVI). Sauf quand débarque au Vatican le futur pape François, qui préférera le couvent de Santa Marta, de l’autre côté de la place Saint-Pierre, là où réside habituellement le clergé de passage à Rome. Puis arrive 2025 : François l’Argentin s’en va, et l’américano-péruvien Prévost, futur Léon XIV, annonce un beau matin son transfert, une fois les travaux achevés, vers la « mansarde ». C’est désormais chose faite. Sa Sainteté peut maintenant faire sa gymnastique à son gré, jouer au tennis quand il le souhaite, prier bien sûr dans sa chapelle, recevoir ses collaborateurs et visiteurs où bon lui semble, tenir des réunions sans devoir se déplacer, et même se projeter un film. Un rêve !

Un style minimaliste et pragmatique

La couleur blanche domine partout, les meubles sont très modernes et fonctionnels. Les rares visiteurs qui ont découvert cette demeure et son nouveau locataire décrivent un « passionné de sport », « un leader très détendu et pragmatique », un « Américain de style minimaliste », mais incapable de se priver de « l’inévitable maison de week-end » (le château de Castel Gandolfo avec piscine et parc, actuellement en travaux). Le vaticaniste préféré de Sa Sainteté, Jacopo Scaramuzzi, qui travaille pour Repubblica et a révélé au public l’existence de « la mansarde », évoque la « sobriété », la « réserve », le « style minimaliste » qui caractérisent désormais le comportement papal.

Selon lui, le 267ᵉ pontife pourrait bien se situer à mi-chemin entre le théologien Benoît XVI et le populiste François. Il a déjà été capable d’organiser le « tournant du dernier synode sur l’homosexualité », de mettre en route « le renouvellement de la Curie », « la normalisation de la situation financière vaticane » et « le défi aux sectes ». Avec cette conviction intime que « la mansarde », ce nouvel univers pontifical autogéré, lui garantit désormais un maximum de liberté de mouvement — même pour sa communication, encore limitée à la laborieuse lecture de textes écrits. Mais dans « la mansarde », il pourra s’entraîner à parler au grand air.

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome