Trump agrégé de novlangue orwellienne

par Sébastien Lévi |  publié le 19/03/2026

Trump vient de se féliciter de la hausse des prix du pétrole qui ferait gagner de l’argent aux États-Unis. Une nouvelle illustration de sa capacité infinie à mentir effrontément et à façonner la réalité selon ses convenances personnelles et politiques.

Le président américain Donald Trump désigne du doigt un buste de Sir Winston Churchill dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, le 17 mars 2026. (Photo Jim WATSON / AFP)

Élu notamment sur la promesse de faire baisser les prix, Trump fait face à un problème majeur avec la hausse des prix du pétrole depuis le début de la guerre avec l’Iran, et en particulier depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. Après l’avoir minimisée en disant que ce petit sacrifice en valait la peine pour la paix, il a retourné l’argument en rappelant le rôle de producteur de pétrole des États-Unis, qui profiteraient donc de la hausse des cours. « America First » serait donc servi par la hausse du pétrole… Comprenne qui pourra !

Guerre, Epstein et liberté d’expression

Le même procédé est à l’œuvre dans son rapport à la guerre. Candidat déclaré de la paix et de la non-intervention, en 2016 comme en 2024, il présente aujourd’hui la guerre comme la défense ultime des intérêts américains. Plus lunaire encore : au-delà des 8 conflits qu’il se vante d’avoir arrêtés contre l’évidence, il a indiqué que la fin de la guerre avec l’Iran serait bientôt son 9ème succès en la matière, tel un sapeur Camembert de la géopolitique…

On retrouve cette propension à dire le contraire de ce qu’il affirmait la veille au sujet de l’affaire Epstein, hier scandale absolu dont il révélerait tous les coupables et aujourd’hui faux scandale monté en épingle par les démocrates pour l’affaiblir politiquement. On peut aussi citer sa défense de la liberté d’expression assénée aux Européens par l’intermédiaire de J.D. Vance, tout en bannissant les termes « woke » des administrations et sa volonté de mettre au pas les médias, réaffirmée par son ministre de la Défense qui se réjouit publiquement que CNN passe bientôt sous le contrôle d’un proche de Trump.

Un rapport altéré à la vérité

Le trumpisme n’est pas une idéologie (sauf sur l’immigration ou les droits de douane), qui rendrait ces volte-face impossibles, mais un mélange de frustration, de colère envers les élites et le « système », et de culte envers un chef tout-puissant capable d’exprimer cette colère. Trump avait d’ailleurs résumé la fidélité de ses partisans en disant qu’il pourrait abattre quelqu’un sur la 5e Avenue sans en perdre un seul soutien. La vérité est encore plus grave : il pourrait abattre cette personne publiquement puis dire à ses partisans que cette personne est morte d’un cancer, et il serait cru et célébré par sa base.

C’est pour cette raison que le socle de la popularité de Trump ne s’est jamais effondrée, solidement arrimée à 40 %, dans son premier comme dans son second mandat. C’est ce qui explique que plus de 80 % des républicains soutiennent désormais la guerre avec l’Iran alors qu’ils n’étaient que 55 % à s’y déclarer favorables à son déclenchement. Quand Trump prend une décision, celle-ci est de facto approuvée par sa base, quelle qu’elle soit, sauf partiellement sur l’affaire Epstein.

La popularité persistante de Trump malgré les trahisons et les acrobaties rhétoriques en dit plus encore sur ses partisans que sur lui, et sur l’état d’une partie de la société américaine en crise profonde et même malade dans son rapport à la vérité et à la morale publique. En ce sens, Trump aura été le révélateur et l’accélérateur d’un mal américain profond qui devrait malheureusement lui survivre.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis