Halte à l’écoterrorisme !

par Laurent Joffrin |  publié le 28/01/2024

Petite fiction d’actualité où seuls deux ou trois mots ont été changés. Peut-être nos lecteurs les devineront-t-il…

Sommes-nous encore gouvernés ? Après dix jours de conflit, la protestation écologiste menace de prendre un tour plus spectaculaire avec le blocage prévu des principaux axes routiers menant à la capitale. Au vrai, cette nouvelle action est la simple continuation de celles qui ont émaillé le début de la protestation.

Dans plusieurs villes, les militants venus en trottinette ont déversé des tonnes de déchets de quinoa et de kiwi dans la cour des préfectures. Un sanglier a été pendu en effigie devant un bâtiment de l’Inspection du travail. Près de Béziers, deux entrepôts de la grande distribution ont été forcés – « maintenant c’est de l’air pur ou ça sera du plomb (artisanal) », proclamait une pancarte. À Clermont-l’Hérault, le bitume d’un supermarché Leclerc a été intégralement retourné, au nom du slogan « sous le bitume, la plage ». À Carcassonne, un immeuble de la Direction régionale de l’environnement de l’aménagement et du logement, heureusement vide, mais construit hors normes environnementales, a été soufflé par une explosion. À Narbonne, la Mutualité sociale agricole, accusée de « productivisme », a été incendiée. Partout, à l’appel de la principale organisation, la Fédération Nationale et Syndicale des Écologistes Anarchisants (FNSEA), la colère verte a débouché sur les attaques et des déprédations dangereuses.

Or que fait le gouvernement ? Rien. Le ministre de l’Intérieur a donné l’ordre à la police de rester à l’écart des manifestants, arguant de la légitimité des demandes écologistes, qui visent à « sauver la planète ». Au lieu de réagir pour faire respecter la loi, le Premier ministre est allé sur les lieux de la protestation pour annoncer une série de concessions que les protestataires ont jugées dérisoires. Au lieu de mettre fin au mouvement, ils ont annoncé son extension à l’Île-de-France. C’est maintenant Paris qui risque d’être coupé du pays par un encerclement massif de vélos disposés sur la chaussée des autoroutes…


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Arrêtons-là l’ironie. Hostile ou non au mouvement des agriculteurs, tout observateur de bonne foi reconnaîtra que le traitement par le gouvernement des protestations, selon qu’elles sont paysannes ou écologistes, n’obéit pas aux mêmes critères. On se gardera ici, bien entendu, d’appeler à la répression des uns ou à l’impunité des autres. Chacun de ces mouvements, écologiste ou paysan, a sa légitimité, qu’on ne contestera pas. On observe seulement que lorsqu’ils franchissent les bornes de la loi, la réaction des pouvoirs publics est différente.

Ce qui leur pose, à tous deux, de redoutables questions : en usant de méthodes aussi musclées, le mouvement agricole risque de faire des émules dans d’autres professions, mettant les pouvoirs publics au pied du mur de la répression. Confronté à la réaction brutale de l’État quand ils le font à leur tour, le mouvement écologiste n’est pas soutenu par l’opinion, en tout cas pas à l’égal des agriculteurs, qui bénéficient de la sympathie générale. Ce qui démontre, en tout cas, qu’il reste beaucoup de travail aux défenseurs du climat pour faire accepter les efforts nécessités par l’indispensable mutation écologique de la société et de l’économie.