Netanyahou dans la main de Trump

par Sébastien Lévi |  publié le 31/10/2025

L’état hébreu se trouve aujourd’hui dans un rapport de subordination inédit envers son protecteur. Le fruit d’une erreur stratégique majeure de son Premier ministre.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou remercie le président américain Donald Trump à la Knesset, le 13 octobre 2025, après un accord de cessez-le-feu négocié par le président américain. (Photo SAUL LOEB / POOL / AFP)

Le 24 octobre, l’émission politique la plus regardée en Israël, « Oulpan Shishi », s’est ouverte sur un drapeau américain avec une étoile de David, représentant Israël au milieu des 50 étoiles, avec la question suivante : « Israël est-il le 51ème état des États-Unis ? »

Évoquée par Pierre Benoit dans ces colonnes, la tutelle imposée à Israël par les États-Unis pour s’assurer d’un cessez-le feu durable est la cause de ce questionnement. Elle fragilise considérablement le Premier ministre israélien.

Une expression se fait jour pour décrire l’attitude des États-Unis envers Israël : « Bibisttting », en référence au surnom « Bibi » de Netanyahou. La situation est si sérieuse pour Netanyahou qu’il a dû rappeler publiquement (en hébreu, sans doute pour ne pas froisser Trump) que « l’état d’Israël est indépendant et prend ses propres décisions ».

Netanyahou découvre que la fidélité à Trump fonctionne en sens unique, et que le goût du président milliardaire pour la transaction le pousse à une certaine « agilité » dans son degré de soutien et sa manière de le manifester. Si les faits ne collent pas avec ses intérêts, politique ou égotiques, Trump n’hésitera pas à les tordre : ne pas incriminer le Hamas quand il viole l’accord signé, affirmer que le programme nucléaire iranien est d’ores et déjà réduit à néant pour vanter l’utilité des frappes américaines en juin, ou nier l’évidence des incursions de drones russes au-dessus de la Pologne pour justifier sa mansuétude envers Poutine.

Corseté, Netanyahou paie ainsi son alignement total sur le Parti républicain depuis son entrée en politique, et son mépris pour les démocrates. Tous ses prédécesseurs avaient su préserver le soutien bipartisan aux États-Unis, qu’ils savaient exploiter politiquement. La situation est d’autant plus mauvaise pour Netanyahou que ses traditionnels alliés républicains au Congrès ne montrent pas plus de résistance sur ce sujet que sur tous les autres. Alors que Trump impose sa volonté à Israël, Netanyahou ne peut qu’acquiescer. Ses effusions successives et démonstratives envers Trump, le « meilleur ami qu’Israël n’ait jamais eu à la Maison-Blanche », l’empêchent aujourd’hui de le critiquer, même à mots couverts, sans donner l’impression de se déjuger.

Le machiavélisme de Netanyahou a trouvé ses limites face au cynisme et la brutalité de Trump. Ce dernier tolère moins que ses prédécesseurs les manœuvres dilatoires du Premier ministre israélien, et il le lui fait volontiers savoir publiquement, sans craindre que cela soit exploité par ses adversaires politiques, au contraire de ses prédécesseurs démocrates Biden, Obama et Clinton.

Pour ses partisans, Netanyahou est « Melekh Israël », le roi d’Israël. Aujourd’hui, ce roi est nu, à la merci ce celui qui se veut le roi incontesté du monde, le roi Ubu de Mar-a-Lago.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis