Regarder Poutine en face

publié le 17/02/2024

Alexei Navalny est mort pour une seule raison : il avait mis en pleine lumière la vraie nature du dictateur russe, le plus dangereux ennemi de la paix, de la liberté et de la démocratie. Par François Hollande

Le président français François Hollande au palais de l'Élysée à Paris, le 11 mai 2017. -Photo JOEL SAGET / AFP

Nous ne saurons sans doute jamais comment est mort Alexei Navalny. Mais savons le nom de son assassin : c’est Vladimir Poutine. Il ne l’a pas occis de ses propres mains, pas même en recourant à des tueurs à gages, comme pour Anna Politkovskaïa. Son système carcéral a suffi à étouffer son principal opposant.

Il ne le craignait pas pour la prochaine élection présidentielle. Il avait déjà éliminé tous ses concurrents, même les plus insignifiants et le résultat du scrutin est connu avant même que le premier vote ait été dépouillé. Vladimir Poutine redoutait Navalny pour son courage, pour son audace, pour son insolence, celle qu’il avait déployée pour dénoncer, preuves à l’appui, devant le monde entier, la fortune que le clan au pouvoir a amassée en deux décennies de prédation et de corruption.

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Il tremblait à l’idée que devant tant de sacrifices demandés au peuple russe, ne soit révélée une fois encore l’indécence d’un régime qui exalte le patriotisme pour mieux camoufler le banditisme que les oligarques de son entourage ont engendré afin de détourner en leur faveur les richesses pétrolières et gazières de cet immense pays.

Poutine n’a pas seulement supprimé un témoin gênant, comme il avait liquidé Prigogine disparu dans un accident d’avion dont nul n’a retrouvé la boîte noire, curieux symbole de ce système. Il a voulu signifier, en exécutant un adversaire dont la seule arme était la parole, un monde qu’il méprise, les valeurs auxquelles nous croyons.

Alexei Navalny est mort parce qu’il contestait ouvertement le choix de la guerre en Ukraine. Il est mort parce qu’il combattait pacifiquement une dictature. Il est mort parce qu’il clamait hautement l’aspiration de la Russie à la liberté dont elle est privée depuis si longtemps. Il est mort parce qu’il rappelait sans cesse que nous nous étions trompés sur Vladimir Poutine.

Celui-ci n’était pas ce technocrate ombrageux que Eltsine était venu chercher pour en finir avec les séquelles de l’Union soviétique. Non, il n’était pas plus ce dirigeant austère qui entendait rendre à la Russie la place qu’elle avait perdue. Il n’était pas davantage d’un partenaire malcommode que l’Europe invitait à sa table pour parler gaz, oléoducs et investissements et les États-Unis pour régler les grandes affaires du monde et compter les ogives nucléaires.

Navalny nous a prévenus aussi de la suite. Poutine ira jusqu’au bout pour menacer ses voisins, affaiblir l’Europe, déstabiliser les États-Unis.

Il n’était pas ce satrape prêt à tirer avantage de toutes nos faiblesses en Syrie, en Afrique et même en Ukraine. Il était bien plus qu’un menteur invétéré capable de prétendre que Bachar n’avait jamais utilisé d’armes chimiques, que l’Iran ne cherchait pas à se doter de l’arme nucléaire et que Zelenski n’était rien d’autre qu’un nazi. Non, Navalny nous avait prévenus, il a été massacré pour avoir énoncé cette vérité : Poutine est l’ennemi de la démocratie, de la liberté et de la paix. Il ne veut pas servir la Russie, il veut l’asservir.

Mais Navalny nous a prévenus aussi de la suite. Poutine ira jusqu’au bout pour menacer ses voisins, affaiblir l’Europe, déstabiliser les États-Unis, et ouvrir pour longtemps une confrontation avec ce que nous représentons, nous, les démocrates. Sa liquidation honteuse n’est pas une simple reproduction des crimes de la période soviétique. Elle est l’expression d’un pouvoir qui se veut absolu. Vladimir Poutine ne poursuit aucune fin idéologique, mais sa seule perpétuation. Il se moque d’être détesté par nous ; au contraire, c’est son moteur. Il veut choquer, impressionner, faire peur. Il méprise ce que nous sommes, et nos éclats de voix le confirment dans sa hardiesse. Il ne comprend que le rapport de forces.

Nous voilà rappelés une nouvelle fois à l’évidence. Nous sommes prévenus. Que cela nous plaise ou non, nous sommes mis au défi. Face à Poutine, l’Europe doit élever son niveau de défense et ses capacités d’influence, soutenir massivement l’Ukraine, durcir toutes les sanctions possibles contre la Russie et ses dirigeants, tout en mettant en garde les alliés de Poutine, en premier lieu la Chine qui a considéré que la mort de Navalny était une simple affaire intérieure. L’Histoire nous apprend que le plus grave n’est pas d’avoir un ennemi. Le plus grave est de ne pas le considérer comme tel. Pour toutes ces raisons, le sacrifice de Navalny ne doit pas rester vain.    

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