Vérité en deçà des tracteurs, erreur au-delà

publié le 27/01/2024

Chaque dimanche, un regard engagé sur une semaine d’actualité. Que retenir dans le flot d’informations qui inonde les médias, entre écume des jours et vague de fond ? L’essentiel

Lundi – Haro sur Glucksmann

Raphaël Glucksmann, qui tenait meeting à Bordeaux, est attaqué de toutes parts : bonne nouvelle. Cela prouve, comme je l’ai écrit plusieurs fois, qu’il est un candidat crédible. Sans avoir rien dit, il s’est d’abord retrouvé en tête des sondages à gauche, ce qui démontre une attente préalable. Entré en pré-campagne, il attire du monde et occupe le terrain médiatique. C’est la vraie raison de l’hostilité déclenchée par ses concurrents. Toujours amusantes, à mes yeux, les déclarations involontairement contradictoires de certains leaders.

LFI prêchait la liste commune, et donc l’unité : elle est la première à jouer la division en fustigeant Glucksmann. Quant à Marie Toussaint, candidate écolo, elle rend hommage sans s’en apercevoir à ses adversaires. Il faut choisir, dit-elle entre « la transformation écologique » – le bien – et « la nostalgie sociale-démocrate » – le mal. Mais en français, la « nostalgie » désigne le regret mélancolique d’une période heureuse.

Sans s’en rendre compte, Marie Toussaint regrette donc le temps béni où la social-démocratie gouvernait. Voilà un aveu touchant.

Mardi – Le « parler-vrai » du Hamas

Répondant au podcasteur Koweïtien Ammar Taki, Khaled Meshaal, leader du Hamas réfugié au Qatar, rend hommage aux étudiants américains et, plus largement aux manifestants qui scandent : « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre ». Il en livre obligeamment le véritable sens : la disparition subséquente de « l’entité sioniste », qui occupe indûment un territoire qui ne lui appartiendrait pas. Autrement dit, les protestataires occidentaux et le Hamas ont le même but : la destruction de l’État d’Israël. Il n’est pas sûr que lesdits manifestants s’en rendent tous compte… Meshaal récuse aussi et très logiquement « la solution à deux États ». Ce qui en fait un auxiliaire précieux de l’extrême-droite israélienne qui combat toute solution de compromis. Et comme l’État unique prôné par ces deux « alliés objectifs » n’est pas le même, c’est la garantie d’une guerre éternelle.    

Mercredi : indulgence policière

Il n’a pas tout à fait tort, Yannick Jadot, quand il relève le « deux poids, deux mesures » qui gouverne la réaction policière face aux manifestants, selon qu’ils sont agriculteurs ou écologistes. Certes, les manifs paysannes ont – à ce jour – causé moins de violences que celle de Saint-Soline, par exemple. Aussi bien, les victimes de violences de ces derniers jours sont des manifestantes ou des manifestants renversés par des voitures heurtant les barrages. Mais cette réalité a une origine. Quand des écologistes bloquent des routes ou s’attaquent à du matériel, la police intervient aussitôt pour faire respecter la loi. D’où les affrontements. Quand ce sont des agriculteurs qui font la même chose, elle reste immobile, l’arme au pied, obéissant aux consignes très officielles de Gérald Darmanin. Vérité en deçà des tracteurs, erreur au-delà. 

Jeudi – l’Obs soc-dem

Sous la plume de Cécile Prieur, directrice du journal, l’Obs fait l’éloge de la social-démocratie. Ainsi, le journal que j’ai bien connu est fidèle aux principes de ses fondateurs, Jean Daniel et Claude Perdriel : ceux d’une gauche ouverte et humaniste, sensible aux mouvements de la société, y compris ceux qui sont mis en lumière par la gauche radicale. Mais ceux d’une gauche du réel, loin des folies mélenchonistes. Celle que défend LeJournal.info. Hosannah !

Vendredi – La leçon de Fafa

J’ai toujours eu une grande considération envers Laurent Fabius. Sa prestation ce vendredi matin à France Inter ne m’a pas fait changer d’avis. Intelligence au laser, humour britannique, clarté limpide, sens aigu de l’intérêt public : le président du Conseil constitutionnel méritait, à coup sûr, un destin national. Les injustes accusations lancées contre lui dans l’affaire du sang contaminé – alors même qu’il avait l’un des premiers à réagir – l’ont obligé à une dommageable éclipse, privant à l’époque le pays d’un homme d’État précieux. En l’écoutant, on mesure la distance entre un serviteur de l’État comme Fabius et les démagogues à la Wauquiez ou à la Ciotti, qui s’en prennent maintenant à l’état de droit pour tenter de sauver leur médiocre carrière.

Samedi – Les écolo-émissaires

Dans une figure de style éculée, la droite et l’extrême-droite opposent écologistes et agriculteurs, imputant aux premiers les malheurs des seconds. Grossière propagande : ce n’est pas le petit parti écologiste qui est au pouvoir, à Paris ou à Bruxelles. Ce sont des responsables de gauche ou du centre qui ont pris la mesure des enjeux climatiques et qui tentent d’y remédier, en ligne avec les résolutions de la COP 28, qui réunissait tous les gouvernements de la planète.

Autrement dit, la nécessaire transition écologique n’est pas une lubie verte, mais un impératif aujourd’hui reconnu par toutes les forces politiques rationnelles (avec plus ou moins de bonne grâce, certes…)

Les normes, dont on dit tant de mal, ne sont pas « idéologiques », mais seulement conformes aux enseignements de la science et à l’intérêt bien compris de l’humanité. Ce qui a manqué, manifestement, c’est l’anticipation, la planification de la mutation pour le climat, qui a négligé le sort des petits exploitants d’Europe affaiblis par la minceur de leurs revenus et qui voient ces nouvelles règles comme des contraintes difficiles à mettre en œuvre. Tel est le véritable débat : comment concilier la mutation et l’équilibre social.

L’erreur des écologistes est là. Ils sous-estiment les obstacles qui se dressent devant toute politique environnementale en démocratie. La lutte pour le climat est douloureuse pour les plus faibles. C’est de là qu’il faut partir.

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